Illustration Zika
Aedes aegypti. Nil Rahola, IRD, unité MIVEGEC, Author provided

[UPMC - 9 février 2016] Zika, le virus globe-trotter va-t-il bientôt arriver en Europe ?

Zika inquiète le monde entier. En cas d’infection par ce virus à moustiques, que risque-t-on ? Comment se transmet-il ? Va-t-il arriver en France ? Les réponses du professeur Éric Caumes.

C’est un virus découvert en 1947 mais peu connu du grand public qui fait désormais la une des médias : Zika. Transmis par un moustique, ce virus le plus souvent bénin pourrait provoquer de graves malformations congénitales. Qu’en est-il vraiment ? Que doit-on craindre ? Éric Caumes, spécialiste des maladies infectieuses et tropicales à l’institut Pierre Louis d’épidémiologie et de santé publique, fait le point pour The Conversation France.

Que peut-on dire, aujourd’hui, sur les voies de transmission du virus Zika et le risque de malformations foetales qu’il induit ?

Les derniers éléments recueillis par les scientifiques montrent qu’il ne faut pas prendre ce risque à la légère. En effet, on sait désormais que la transmission par voie sexuelle est une possibilité qui dépasse le seul cas aux États-Unis de ce patient malade de retour du Sénégal qui avait contaminé sa femme alors que le virus Zika n’était pas présent sur le territoire américain. Nous savons en outre qu’il y a un risque majeur de contamination du foetus pendant la grossesse au cours du premier trimestre, et également du second trimestre.

Cette transmission sexuelle potentielle complique singulièrement la prévention des complications fœtales chez les femmes enceintes surtout quand on sait que 80 % des cas de maladie à Zika sont asymptomatiques, sans signes particuliers. On risque donc de rater des cas y compris chez les femmes enceintes. De plus il est impossible de déterminer le jour de la fécondation et donc la veille du jour où il faudrait mettre en place des relations sexuelles protégées. Dès lors, une seule stratégie permet aux couples de se garantir du risque de survenues de malformations congénitales : ne pas faire d’enfants pendant la période de l’épidémie.

Zika fait donc parler de lui en Amérique latine, en particulier au Brésil, mais ce virus a été repéré depuis longtemps dans d’autres zones géographiques. D’où vient-il ?

Le virus Zika est un arbovirus de la famille des Flaviviridae qui s’apparente à celui de la dengue et de la fièvre jaune. Il a été isolé pour la première fois en 1947 chez un singe rhésus en Ouganda dans la forêt Zika, puis chez l’homme en 1952 toujours en Ouganda et en Tanzanie. Depuis 2007, des épidémies d’infections à virus Zika se sont déclarées en Micronésie, en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie.

La carte de distribution du virus Zika en janvier 2016. Zones en violet, virus présent ; en pointillé, zones où l’on a détecté des anticorps au virus. United States Centers for Disease Control and Prevention/Wikimedia

Quels sont les symptômes de Zika ?

Zika peut déclencher un syndrome pseudo grippal qui se manifeste par une fièvre modérée, une éruption cutanée diffuse prédominante sur le tronc, ainsi que des céphalées et une conjonctivite. La durée d’incubation oscille entre 3 et 12 jours. Les douleurs articulaires peuvent persister jusqu’à 21 jours après l’apparition des premiers signes. La gravité est liée à l’existence de complications neurologiques secondaires (syndrome de Guillain Barré surtout).

Quels sont les modes de transmission ? Existe-t-il un diagnostic fiable et des traitements efficaces ?

Nous avons parlé de la possibilité de passage du virus par voie sexuelle. Reste que la transmission est majoritairement vectorielle, c’est-à-dire qu’elle s’opère via des vecteurs, des moustiques appartenant à la famille des Culicidae et au genre Aedes (transmission sylvatique et urbaine) dont Aedes aegypti (principal moustique en cause actuellement) et Aedes albopictus (transmission urbaine). Le virus est transmis aux arthropodes (animaux invertébrés) hématophages lors de leur repas sanguin. Le virus qui se multiplie chez l’hôte vecteur sans l’affecter reste présent chez l’insecte durant toute sa vie pour être à nouveau transmis aux animaux réservoirs au cours du repas suivant.

Si la transmission par transfusion sanguine n’a jamais été avérée, le risque ne peut être écarté, car il existe une virémie (présence de virus dans le sang) très transitoire. Lors de l’épidémie en Polynésie française, deux cas de transmission périnatale ont été décrits. L’infection des nouveau-nés se serait produite par voie transplacentaire ou lors de la délivrance. La transmission par le lait n’a pas été démontrée mais la question reste posée.

Il n’existe aujourd’hui dans le commerce, aucun kit diagnostique pour la détection du génome viral, ni kit sérologique (immunofluorescence, Elisa ou test rapide). En outre, les caractéristiques physico-chimiques et la sensibilité aux désinfectants du virus Zika restent inconnues, ce qui laisse peu de voie à un traitement antiviral ou à un vaccin. De fait, le traitement doit être symptomatique et antalgique et sans recours aux anti-inflammatoires.

Peut-on estimer l’amplification et la vitesse de propagation de l’épidémie ?

Pour ce faire, il faut mener une investigation épidémiologique de terrain. Les scientifiques et médecins se réfèrent à des courbes épidémiques (nombre de cas en fonction du temps) qui prennent en compte deux paramètres essentiels : le ratio de reproduction et l’intervalle intergénérationnel. Les études épidémiologiques permettent de planifier les actions de santé communautaire et de rentabiliser au mieux les moyens disponibles, mais se heurtent à des difficultés logistiques, notamment des problèmes de ressources humaines insuffisantes.

Quel est le risque d’importation de cas en France métropolitaine ?

L’épidémie est particulièrement virulente au Brésil depuis mai 2015. Mais le virus ne connaît pas les frontières.

L’Organisation mondiale de la santé prévoit 3 à 4 millions de cas sur le continent américain. L’Europe quant à elle, essaie d’anticiper et de limiter ce risque de malformation en recommandant aux femmes enceintes de différer un éventuel voyage vers un pays déjà touché par l’épidémie.

Le haut conseil de la santé publique (HCSP) dont je fais partie a fait le point des connaissances sur le virus Zika, les modalités de transmission, la situation épidémiologique, l’expression clinique des infections par ce virus et les moyens de diagnostic biologique.

Compte tenu de la présence des moustiques vecteurs et des flux de voyageurs, le HCSP a évalué le risque d’introduction de la maladie Zika et l’impact épidémique possible dans les départements français d’Amérique, à La Réunion, à Mayotte où Aedes aegypti est implanté ainsi que dans les départements métropolitains dans lesquels Aedes albopictus est présent.

Démoustication au Brésil. Secretaria de Saúde POA Fotos/Flickr, CC BY-NC-SA

Plutôt que de rajouter à l’inquiétude naissante, il faut insister sur la lutte anti-vectorielle qui doit se faire à l’échelle collective mais surtout individuelle : campagne de démoustication, élimination des eaux stagnantes sur les terrasses et les balcons…

Pour le moment, les moustiques sont encore en phase d’hibernation, en particulier sur la Côte d’Azur et l’ensemble du sud de la France. Mais leur inexorable progression géographique les amène peu à peu vers d’autres régions, notamment en Île-de-France depuis l’été 2015. Il faut donc se préparer à la lutte contre les moustiques comme cela se pratique régulièrement dans les pays d’endémie de dengue et de chikungunya, car les vecteurs Aedes partagent de nombreux points communs dont celui de potentiellement transmettre le Zika, en plus de la dengue et du chikungunya.

The Conversation

Eric Caumes, Professeur de maladies infectieuses et tropicales à l’UPMC et chef du service des maladies infectieuses à la Pitié Salpêtrière, Université Pierre et Marie Curie (UPMC) – Sorbonne Universités

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.