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VIE DE CAMPUS

Qu’attendent les étudiants de leur service de médecine préventive ?

Pour mieux orienter son action, le service interuniversitaire de médecine préventive et de promotion de la santé (Siumpps) de Sorbonne Universités a réalisé une enquête sur les attentes des étudiants. Les enseignements vont au-delà du strict champ de la santé et concernent également leurs conditions de vie et d’études.

Pilotée par Luc Vétois, psychologue clinicien au Siumpps, l’enquête a donné la parole à plus de 800 étudiants de l’UPMC, de Paris-Sorbonne et de Panthéon-Assas. Premier constat : à leurs yeux, la santé est d’abord un capital que l’on peut maîtriser en agissant sur des déterminants choisis. A la question ouverte, « Indiquez trois thèmes, trois mots ou trois idées pouvant être associés à la santé », ils citent en effet en priorité le sport (22% des répondants) et l’alimentation (21%). « On retrouve là le message « Manger bouger » de l’Institut national de prévention et d'éducation pour la santé, note Luc Vétois, ce qui démontre l'efficacité des campagnes de santé publique très médiatisées, tout en validant l’intérêt de la démarche de prévention et de promotion de la santé qui est celle de la médecine préventive universitaire. » 

Jeunes et très majoritairement bien portants, les étudiants ne considèrent évidemment pas la santé comme une préoccupation majeure susceptible d’entraver leurs études. Interrogés sur ce qui pourrait faciliter, améliorer ou rendre plus aisée leur condition d'étudiant, ils sont moins de 9% à évoquer spontanément ce thème, principalement pour se plaindre de la difficulté d’accès et du coût des soins. 

Entre fragilité financière et besoin de reconnaissance

Ce qui faciliterait le plus leur quotidien ? D’abord et avant tout l’argent. Un tiers des répondants citent cet item, environ 10% d’entre eux évoquent par ailleurs trois sujets comportant une forte dimension économique : le logement, l’alimentation et les transports. La question financière semble donc de loin le premier souci des étudiants. « Ce qu’ils pointent n’est pas le coût des études elles-mêmes, relativement faible à l’université, mais celui de la vie étudiante, souligne Luc Vétois. Et, par-delà, la difficulté du statut de l’étudiant, considéré comme un adulte autonome – c’est-à-dire capable de se prendre en charge, entre autres du point de vue financier –, alors qu’il n’en a pas les moyens. Non seulement les emplois étudiants sont rares, peu rémunérés et il n’est pas évident de concilier travail et études, mais le coût de la vie en région parisienne est élevé et la paupérisation touche une fraction croissante de la société. Pour beaucoup, il devient donc de plus en plus difficile d’étudier sereinement. »


L’argent est toutefois loin d’être le seul déterminant de leur qualité de vie. Trois autres facteurs de progrès, tous liés aux conditions de la vie universitaire, sont mentionnés par plus d’un tiers des répondants :

  • l’organisation des études : des emplois du temps plus rationnels, moins lourds…
  • le confort des campus : des espaces de détente, des salles pour travailler, des toilettes propres, des ascenseurs qui fonctionnent, des prises électriques dans les amphis, etc. ;
  • et l’accompagnement : une administration qui facilite la vie, des enseignants plus disponibles, mais aussi davantage d’aide à l’orientation.
  • « Non seulement les attentes exprimées à travers cette deuxième question vont bien au-delà du champ de la santé, mais nous sommes loin d’une représentation épicurienne de la vie étudiante, analyse Luc Vétois. Vu de l’intérieur, faire des études est plutôt perçu comme une tâche consistante, coûteuse en termes d’efforts et qui demande des moyens. Une activité qui, aux yeux des étudiants, nécessiterait davantage de reconnaissance de la part de la société. » 

La médecine préventive universitaire reste méconnue

Autre constat : alors qu’elle existe depuis 70 ans, la médecine préventive universitaire demeure largement méconnue des étudiants. A la question « vous paraît-elle avoir un rôle à jouer dans ce qui pourrait faciliter, améliorer ou rendre plus aisée votre condition d’étudiant ? », les trois quarts répondent en effet « oui » ou « peut-être ». Une réponse a priori paradoxale puisqu’ils ne jugent pas la santé comme un facteur décisif d’amélioration de leur quotidien. Elle peut signifier qu’ils considèrent le service de médecine préventive comme un partenaire susceptible de contribuer à une meilleure organisation de leurs études. Mais la prépondérance des « peut-être » (41% des répondants) et les 11% de « ne sais pas » révèlent surtout qu’ils identifient mal ses missions.

De fortes attentes en termes d’aide psychologique

Enfin, interrogés sur les thèmes et activités vers lesquels ils souhaiteraient que la médecine préventive universitaire oriente son action, les étudiants proposent avant tout six axes : la sexualité (maladie sexuellement transmissibles, contraception…), les addictions (alcool, tabac, drogue), l’aide psychologique (dépression, stress, sommeil…), le sport, la prévention (dépistage, vaccination…) et l’alimentation. Ces sujets sont d’ores et déjà ceux des campagnes de santé publique et de la médecine préventive universitaire, à une exception près : l’aide psychologique, qui apparaît de manière significative puisqu’elle est citée par 14% des répondants et arrive troisième parmi leurs attentes. « Le besoin de soutien psychologique n’est pas une surprise, note Luc Vétois. Il est d’ailleurs pris en compte puisqu’il existe depuis longtemps des bureaux d’aide psychologique universitaires (les Bapu) et que les services de médecine préventive universitaire disposent de psychologues. Les consultations qu’ils assurent sont même très chargées, voire saturées à certaines périodes de l’année dans les Bapu parisiens et au Siumpps. En revanche, aucune campagne de santé publique n’a vraiment mis l’accent sur les bénéfices à attendre d’une consultation auprès d’un psychologue, les risques d’isolement lorsqu’on est fragilisé ou encore la peur d’être jugé si l’on parle de soi. Et ces thèmes restent également sous-représentés dans les campagnes de la médecine préventive universitaire. »


Riche d’enseignements, cette étude va permettre au service de médecine préventive de Sorbonne Universités d’orienter plus finement son action, notamment pour mieux se faire connaître des étudiants. Elle fera prochainement l’objet d’une publication scientifique et ses résultats détaillés seront mis en ligne sur le site du Siumpps