© Martine Joly - Paris-Sorbonne
INTERDISCIPLINARITÉ

Un parcours interdisciplinaire dédié à l’étude et à la conservation du patrimoine

L’analyse, la conservation et la valorisation du patrimoine culturel mobilisent à la fois des compétences en humanités et en sciences. Soutenu par Sorbonne Universités, le programme Patrimoine, rencontres et réussite propose une formation interdisciplinaire innovante aux étudiants de licence s’orientant vers ces métiers.

Prospection géophysique de vestiges archéologiques enfouis dans le sol, analyses physico-chimiques des matériaux composant des objets ou des œuvres d’art des siècles passés… L’étude et la conservation du patrimoine culturel fait appel à des sciences auxquelles un futur chercheur en histoire de l’art, archéologie ou préhistoire a tout intérêt à s’initier, non pour se substituer à ses collègues géophysiciens ou chimistes, mais pour mieux collaborer avec eux et gagner dans l’interprétation des résultats de leurs analyses scientifiques. 

Au sein de Sorbonne Universités, aucun programme de formation ne répondait à ce besoin. Pas plus qu’il n’existait de parcours permettant à un étudiant de filière scientifique intéressé par les problématiques patrimoniales d’acquérir des compétences en histoire de l’art, archéologie et préhistoire. C’est ce vide qu’une équipe d’enseignants-chercheurs de l’université Paris-Sorbonne, de l’UPMC et du Muséum national d’Histoire naturelle a voulu combler en expérimentant une formation interdisciplinaire. Intitulé Patrimoine, rencontres et réussite (P2R), leur programme s’adresse à des étudiants de troisième année de licence en sciences ou sciences humaines désireux de poursuivre un master comportant une forte dimension patrimoniale : par exemple un master en histoire de l’art ou en archéologie de Paris-Sorbonne, le master Quaternaire et préhistoire du Muséum ou encore un master de chimie de l’UPMC axé sur la caractérisation et la préservation des matériaux du patrimoine. Ce projet a reçu le soutien de Sorbonne Universités pour deux ans, dans le cadre de l’appel d’offres lancé en 2013 pour favoriser l’innovation pédagogique en licence.

Une unité d’enseignement et une école d’été

« Notre objectif est avant tout de promouvoir l’interdisciplinarité dans les analyses et les approches de conservation du patrimoine, explique Martine Joly, maître de conférence en archéologie à Paris-Sorbonne et responsable de P2R. Et donc de faire en sorte que, quelle que soit leur discipline d’origine – sciences ou sciences humaines –, les étudiants acquièrent un socle commun de connaissances transversales : archéologie, histoire de l’art, physico-chimie, géophysique, histoire des techniques, matériaux, muséologie, conservation… » Pour cela, P2R leur propose deux modules. Tout d’abord, une unité d’enseignement de trente heures, alliant des cours théoriques à Paris-Sorbonne, à l’UMPC ou au Muséum et des cours pratiques dans des laboratoires et musées. Ensuite, une école d’été sur un site archéologique, qui est ouverte aux étudiants ayant validé l’UE et pré-inscrits en master, ainsi qu’à des étudiants étrangers n’ayant pas suivi l’unité d’enseignement, mais s’apprêtant à intégrer un master du Muséum (où il n’existe pas de formations de premier cycle). 

En 2014, cette école d’été s’est déroulée à Bibracte : une cité antique perchée sur le mont Beuvray, dans le Morvan, qui fut la capitale du peuple celte des Eduens au premier siècle av. J.-C. Outre les vestiges de la ville, le site accueille aujourd’hui un musée sur la civilisation celtique et un laboratoire de recherche, le Centre archéologique européen du mont Beuvray. Pendant dix jours, les étudiants y ont suivi un programme intensif conjuguant démonstrations sur le terrain et conférences : visite du musée, de ses réserves, présentation des méthodes de conservation des collections issues des fouilles de Bibracte, prospection géophysique et lecture de vestiges sur les chantiers de fouille, cours sur l’archéologie des sanctuaires celtiques, sur les techniques de mise en œuvre et de restauration des construction en terre, etc. 

Un succès croissant

L’an dernier, dix étudiants avaient validé l’unité d’enseignement (six de l’UPMC, quatre de Paris-Sorbonne) et cinq étudiants pré-inscrits en master au Muséum les avaient rejoints pour l’école d’été. Sur ces quinze étudiants, onze ont effectivement intégré un master où la notion de patrimoine tient une place importante : deux de l’UPMC et tous ceux du Muséum et de Paris-Sorbonne. C’est le cas d’Emmanuelle Habert, qui, après une licence en histoire de l’art et archéologie, prépare désormais un master en archéologie égyptienne : « P2R nous a offert une ouverture très enrichissante sur d’autres disciplines. J’avais passé un bac S : refaire de la chimie et de la physique m’a permis de mieux comprendre les analyses physico-chimiques, en particulier celles utilisées en histoire de l’art et en archéologie. Au Muséum, nous avons également pu suivre des cours sur la préhistoire, une discipline qui n’est pas enseignée à Paris-Sorbonne. Une des étudiantes en licence Histoire de l’art et archéologie a d’ailleurs intégré le master Quaternaire et préhistoire. Pour l’instant, mon travail porte sur un texte hiéroglyphique, je n’utilise donc pas directement les compétences acquises avec le programme P2R. Mais elles me serviront à un moment ou à un autre : diversifier ses connaissances permet d’envisager des pistes de recherche auxquelles on ne pense pas forcément lorsqu’on se limite à sa spécialité. De plus, cette formation m’a donné l’occasion de rencontrer des professeurs du Muséum et de l’UPMC et de nouer des relations qui pourront m’être utiles par la suite si j’ai besoin de contacter des chercheurs d’autres disciplines pour avancer dans mon travail. »

La seconde promotion vient tout juste de commencer l’unité d’enseignement, qui a lieu au second semestre. Elle compte quatre fois plus d’étudiants qu’en 2014 : dix de l’UPMC et trente de Paris-Sorbonne. P2R a trouvé son public et répond à un vrai besoin. Pour ses promoteurs, il s’agit désormais de pérenniser ce parcours.

Coordonnateurs du programme P2R

Droit et patrimoine

Les étudiants de Paris-Sorbonne et de Panthéon-Assas qui choisissent le double cursus de Licence en Droit et Histoire de l'art, obtiennent à l'issue des trois années de leur formation, la licence en droit de Panthéon-Assas et la licence d'histoire de l'art de  Paris-Sorbonne.

Ils peuvent ensuite poursuivre avec le Master, à finalité professionnelle, « Droit du marché et du patrimoine artistiques », dont les débouchés sont nombreux dans le secteur privé du monde de l'art : opérateurs de vente volontaires, entreprises culturelles, organismes professionnels du marché de l'art, assurances, banques...