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« Pour les habitants, Quartiers libres à l’université est une fierté »

À Clignancourt, comme dans tous les quartiers parisiens relevant de la Politique de la ville, une Equipe de développement local œuvre à l’amélioration du cadre de vie des habitants. Elle est un partenaire clé de Paris-Sorbonne dans sa politique de responsabilité sociétale. Questions à l’un de ses membres : Bacary Sané.

L’Équipe de développement local contribue à l’organisation de Quartiers libres à l’université. Que représente cette opération pour les riverains du centre de Clignancourt ?

L’un des principaux objectifs de Quartiers libres à l’université est d’amener les jeunes de ce quartier populaire de la Porte de Clignancourt à pénétrer dans une université pour que demain, peut-être, ils aient envie de faire des études supérieures. Il est trop tôt pour mesurer ses retombées sur ce plan. En revanche, les habitants commencent visiblement à s’approprier l’université, à se dire : « C’est notre université ». Pour eux, Quartiers libres à l’université a d’abord été une source de curiosité, qui s’est transformée en une fierté. Grâce à cette opération, beaucoup sont entrés pour la première fois dans une université. De la même manière, grâce aux concerts que donne le Cœur & Orchestre Sorbonne Universités au centre Clignancourt, certains ont découvert la musique classique et même demandé à être abonnés à la newsletter du COSU. Dans ce quartier aux marges de Paris, où les habitants peuvent se sentir abandonnés, l’université devient une référence. Habiter à côté, c’est en quelque sorte avoir une adresse. Le centre de Clignancourt peut constituer une vraie richesse pour le quartier, contribuer à améliorer considérablement son image et, par là même, celle qu’ont les habitants d’eux-mêmes. C’est un potentiel qu’il faut exploiter, mais nous n’en sommes qu’au début.

Comment l’exploiter ?

Une des grandes questions pour les acteurs de la Politique de la ville, c’est : comment fixer un peu les étudiants dans le quartier de la Porte de Clignancourt, faire en sorte qu’ils ne se limitent pas aux trajets métro/université ? La réponse passe par l’implication de l’université dans le projet de renouvellement urbain du quartier et, notamment, par l’aménagement du mail longeant le centre universitaire, qui, pour l’instant, est une sorte de no man’s land. Nous avons commencé à réfléchir avec l’université à la façon de le transformer en un espace convivial que les étudiants s’approprieraient. Mais il s’agit aussi de donner envie aux étudiants de s’impliquer dans la vie du quartier. Quartiers libres à l’université peut y contribuer en offrant aux associations et autres acteurs du quartier une occasion de leur faire découvrir leurs activités.

En quoi les étudiants peuvent-ils contribuer à la vie du quartier ?

Ils peuvent profiter de ses ressources : faire de la danse ou de la musique avec une association, utiliser la bibliothèque quand celle de l’université est fermée… Mais ils peuvent aussi être eux-mêmes une ressource : organiser des spectacles lors de la fête du quartier, accompagner des personnes âgées, faire du soutien scolaire… Dans un quartier comme celui de la Porte de Clignancourt, une université est un atout précieux pour lutter contre le facteur d’exclusion qu’est l’échec scolaire. L’enjeu, c’est de créer un environnement agréable et enrichissant pour tous : habitants et étudiants. On pourrait même créer une université du temps libre qui traiterait de problématiques touchant les habitants : par exemple, les questions de santé ou bien l’histoire du quartier, car la connaître les aideraient sans doute à mieux l’aimer. C’est un travail à long terme. Mais si nous coopérons efficacement… peut-être qu’un jour, Clignancourt finira par être aussi attractif que le Quartier Latin ! Cela peut sembler utopique, mais la mission des Équipes de développement local est justement d’inciter les acteurs des quartiers en difficulté à l’être un peu plus.

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