Portrait de Frédéric Huglo © Ressort en Picardie

« Les notions de responsabilité, de citoyenneté, de “vivre ensemble” sont des composantes importantes du développement personnel et professionnel des étudiants »

Pour l’Université de Technologie de Compiègne, s’investir dans la vie culturelle et sociale de son territoire et inciter les étudiants à s’y impliquer est une démarche non seulement éthique, mais aussi pédagogique. Entretien avec Frédéric Huglo, directeur délégué de l’établissement.

Comment l’UTC se positionne-t-elle vis-à-vis de son territoire ?

Pour prendre une image, je dirais que l’UTC est comme un arbre. À l’instar des branches, orientées vers le ciel, nos missions pédagogiques et scientifiques sont avant tout tournées vers l’extérieur. Nous formons de futurs ingénieurs et chercheurs qui, pour la plupart, ne sont pas originaires de la région de Compiègne et la quitteront une fois leur diplôme en poche. Quant à nos recherches, leur vocation est internationale. Pour le territoire – qui contribue à notre financement –, l’important, ce sont les fruits qui tombent de l’arbre : par exemple, un enseignant-chercheur qui crée une entreprise à Compiègne, et, surtout, le poids économique que représentent nos 800 salariés et 4 500 étudiants. Mais ce sont aussi les racines de l’arbre, c’est-à-dire notre démarche d’ancrage territorial, qui assure un retour sociétal à la région de Compiègne et à ses habitants. 

Quelles formes prend ce retour sociétal ?

D’une part, en organisant de grands événements ouverts au public comme le Festival du théâtre universitaire de Picardie, Festupic, ou bien le festival de musique Imaginarium, nos étudiants contribuent très largement à la vie culturelle de Compiègne. De l’autre, l’UTC mène de nombreux projets bénéficiant à la collectivité ou favorisant la cohésion sociale sur le territoire. Lors de la journée Tous unis pour la cité, les étudiants réalisent une centaine de chantiers citoyens dans Compiègne et les communes environnantes. A l’occasion de la Fête de la science, nous invitons tous les habitants, mais aussi les écoles et collèges de la région, et notamment les établissements ruraux, à participer à des expérimentations scientifiques et techniques qui donneront peut-être envie à certains jeunes de milieux défavorisés de devenir ingénieurs ou chercheurs. Tout au long de l’année, plusieurs associations étudiantes de l’UTC interviennent également dans le domaine social : l’association Cac’carotte, par exemple, s’approvisionne auprès d’une entreprise d’insertion locale pour fournir chaque semaine aux étudiants des paniers de légumes frais. Par ailleurs, nos étudiants sont parties prenantes de projets sociaux initiés par la Ville de Compiègne : les Clubs technologiques, pour faire découvrir la science de manière ludique aux enfants des écoles primaires et leur montrer qu’elle est accessible à tous, et Génération réussite, qui consiste à accompagner des collégiens et lycéens de quartiers sensibles pour les aider à acquérir des méthodes de travail et leur donner envie de suivre des études supérieures. Enfin, l’UTC participe aux politiques de revitalisation du territoire : avec le dispositif Ressort, elle met ses moyens matériels et pédagogiques au service de cadres et d’ingénieurs à la recherche d’un emploi pour faciliter leur réinsertion professionnelle. 

Les étudiants semblent très investis dans la politique d’ouverture de l’UTC sur son territoire : pour quelles raisons ?

Notre objectif, tel qu’il est défini dans le contrat stratégique de l’établissement, est de développer l’UTC par, pour et avec les étudiants. « Par » et « avec » signifient qu’ils ne sont pas simplement consommateurs de formation, mais aussi fers de lance ou coproducteurs avec le personnel de l’UTC d’actions contribuant à la mise en œuvre de notre stratégie, et notamment d’actions culturelles et citoyennes. Ceci pour plusieurs raisons. En premier lieu, lorsqu’ils intègrent l’UTC, ils sont à peine majeurs, viennent tout juste de quitter le domicile familial et doivent apprendre à se comporter en adultes dans la cité. Ensuite, ils deviennent pour cinq ans habitants d’une ville dont ils peuvent être acteurs. Enfin, ce sont de futurs cadres et ingénieurs appelés à prendre des responsabilités dans des entreprises, à gérer des équipes multiculturelles, des problématiques sociales… ce à quoi ils doivent se préparer. Organiser un festival comme Imaginarium ou participer à des projets solidaires sont autant d’opportunités de se frotter à ces notions de responsabilité, de citoyenneté, de « vivre ensemble » qui sont une composante importante de leur développement personnel et professionnel et font donc partie intégrante de ce qu’ils doivent apprendre durant leurs études. 

Comment les amenez-vous à s’investir dans des projets citoyens ?

Nous avons rédigé une charte de la citoyenneté étudiante qui repose sur trois piliers. Le premier est le respect : le respect de soi (notamment en ayant une bonne hygiène de vie), celui des autres (être tolérant, accepter les différences…), mais aussi des règles de vie en collectivité et de l’environnement. Le second pilier est la responsabilité : agir en société, s’impliquer dans la vie associative de l’UTC ou de la cité. Le troisième pilier est l’engagement : être acteur du changement, faire bouger la société, en créant soi-même une association, en prenant un mandat syndical… Dès la rentrée, nous présentons cette charte aux nouveaux étudiants. Deux jours plus tard, ils en expérimentent certains principes avec l’opération Tous unis pour la cité et, souvent, cette journée de mobilisation sur le terrain est la plus appréciée de leur semaine d’intégration. Beaucoup s’engagent d’ailleurs dans d’autres actions citoyennes durant l’année.

L’appartenance de l’UTC à Sorbonne Universités peut-elle renforcer cette démarche de responsabilité sociétale ?

Nous partageons nos expériences entre membres de la communauté et nous avons envie de mener des projets ensemble. Sorbonne Universités peut donc être un amplificateur de cette démarche. Et c’est un atout, car je crois que le rayonnement de notre communauté ne dépend pas seulement de l’excellence de ses formations et de sa recherche, mais aussi de sa capacité à se situer à l’avant-garde en matière sociétale. 

© UTC