De Paris à Compiègne : quelques initiatives solidaires emblématiques

La mission d’une université ne s’arrête pas à la recherche et à l’enseignement. Elle est aussi sociale et sociétale : agir en organisation solidaire de son territoire, contribuer au « vivre ensemble » et à former ses étudiants à la citoyenneté. C’est une conviction que partagent les établissements de la communauté et qu’encourage Sorbonne Universités. Zoom sur quelques projets représentatifs de cette démarche.

À Clignancourt, Quartiers libres à l’université

© Paris-Sorbonne

13 mai 2015, 19 h. Au centre Clignancourt de Paris-Sorbonne, la troisième édition de Quartiers libres à l’université touche à sa fin. Jazz, hip hop, danse urbaine, percussions et danses africaines : dans l’auditorium, une assemblée bigarrée de gamins et d’ados enthousiastes ovationne le spectacle de clôture… avant de se ruer vers le buffet dressé dans le hall d’entrée !

Situé aux confins du XVIIIème arrondissement, entre périphérique et boulevards des maréchaux, le campus de Clignancourt se trouve dans un des vingt quartiers de Paris jugés prioritaires au titre de la Politique de la ville, qui associe État et collectivités territoriales pour lutter contre l’exclusion urbaine, économique et sociale. Un quartier où bien des habitants ignorent tout du monde universitaire et n’imaginent guère leurs enfants suivre des études supérieures. C’est pour ouvrir une brèche dans ce plafond de verre bloquant trop souvent l’ascenseur social que Quartiers libres à l’université a vu le jour en 2013, à l’initiative de Paris-Sorbonne et de l’Afev : une association nationale forte d’un réseau de 7 000 étudiants bénévoles, qui agit contre les inégalités sociales dans les quartiers populaires, notamment en accompagnant des jeunes en difficulté. 

Chaque année, le centre Clignancourt accueille ainsi des jeunes de l’arrondissement, leurs parents et des écoliers et collégiens accompagnés par des étudiants de l’Afev, le temps d’un après-midi convivial. Au programme, des ateliers (sport, musique, lecture, théâtre…) et des mini-cours (géographie, enluminures, représentation de la femme dans la BD…), suivis d’un spectacle, le tout orchestré par de multiples intervenants : les services culturel et sportif de Paris-Sorbonne, des enseignants de l’université, la bibliothèque du centre Clignancourt, des étudiants et associations étudiantes, mais également des associations du quartier ou encore une bibliothèque proche du site. Car l’objectif est double : lever les phénomènes d’autocensure qui interdisent aux jeunes issus de milieux populaires de se projeter dans des études supérieures, tout en favorisant les synergies entre l’université et les acteurs du quartier. Pour organiser cette opération, Paris-Sorbonne et l’Afev s’appuient d’ailleurs sur l’Équipe de développement local chargée du quartier de la Porte de Clignancourt dans le cadre de la Politique de la ville, qui assure l’interface entre l’université et le tissu associatif de l’arrondissement (lire les interviews des responsables de Quartiers libres à l’université à Paris-Sorbonne et d’un des membres de l’Équipe de développement local).

Une dynamique encouragée par Sorbonne Universités

Grâce à la mobilisation de tous, le succès de Quartiers libres à l’université ne se dément pas. Cette année encore, quelque 330 jeunes et adultes ont répondu à l’invitation du centre Clignancourt. Quant aux personnels universitaires, étudiants et acteurs du quartier impliqués dans cette opération, leur nombre va croissant (53 bénévoles en 2014, 96 en 2015), preuve, sans doute, qu’elle revêt un réel sens à leurs yeux. 

Début 2015, pour pérenniser cette dynamique et y associer d’autres membres de la communauté, Sorbonne Universités a noué un partenariat avec l’Afev. « Lors de l’édition 2015 de Quartiers libres à l’université, des étudiants du PSPBB (Pôle supérieur d’enseignement artistique Paris Boulogne-Billancourt) ont par exemple assuré un atelier d’initiation au jazz avec un de leurs enseignants et participé au spectacle de clôture, explique Claire Llobet, déléguée territoriale de l’Afev à Paris. Durant l’année, nous avons également emmené des collégiens du XXe arrondissement, que l’Afev accompagne et qui sont intéressés par les métiers du spectacle, à une représentation de musique et de danse organisée par des étudiants du PSPBB à Saint-Germain-des-Prés. Ces collégiens sortent peu de leur quartier. Il s’agissait donc de leur proposer une ouverture culturelle, tout en encourageant leur intérêt pour les professions artistiques. Nous allons poursuivre sur cette lancée en réfléchissant avec les établissements de Sorbonne Universités sur la façon dont Quartiers libres à l’université peut s’articuler à leurs propres projets. »

La colocation solidaire, ou comment agir en tant qu’étudiant

© Afev Paris

Sorbonne Universités souhaite également encourager les étudiants de la communauté à s’investir dans des actions citoyennes. C’est pourquoi elle est partenaire d’un autre programme de l’Afev : les Kaps ou « Kolocation à projets solidaires ». Concrètement, il s’agit, pour des étudiants ayant besoin de se loger et envie de se mobiliser, d’intégrer une colocation dans une résidence du Crous située dans un quartier populaire et de consacrer cinq heures par semaine à des projets individuels et collectifs dans le quartier : accompagnement d’un enfant en difficulté, organisation de fêtes, mise en place de réseaux de troc de services et autres initiatives créatrices de lien social. 

L’Afev Paris expérimente ce dispositif depuis 2010 avec cinq étudiants « kapseurs » (lire le témoignage de l’un d’eux) et va l’étendre à une cinquantaine de jeunes dès la rentrée 2015, puis à près d’une centaine en 2016, en proposant de nouvelles colocations dans deux résidences universitaires des XIIIème et XVIIIème arrondissements. Une fourchette de 10 à 22 places y est réservée pour les étudiants de Sorbonne Universités. « Pour ce programme, outre le soutien de Sorbonne Universités, nous avons bénéficié de l’aide d’une enseignante de Paris-Sorbonne : Beate Collet, souligne Claire Llobet. Dans le cadre de ses enseignements de L2, cette sociologue, qui était déjà impliquée dans Quartiers libres à l’université, a proposé à ses étudiants de mener une enquête sur les besoins sociaux des habitants des quartiers où se trouvent les colocations : une étude qui va nous servir de base pour définir les projets solidaires que développeront les “ kapseurs ”. » En contrepartie, l’Afev a participé à l’oral de présentation des résultats de l’enquête par les étudiants et leur a délivré une attestation qui témoignera de cette première expérience de terrain quand ils chercheront un stage, signe que responsabilité sociétale peut aussi rimer avec formation.

À Compiègne, Tous unis pour la cité

L’Université de Technologie de Compiègne encourage aussi fortement ses étudiants à s’investir dans leur ville d’accueil (lire l’interview de son directeur délégué). Le ton leur est même donné sitôt leur intégration dans l’établissement. Nettoyage et balisage de sentiers forestiers, décapage et peinture d’un portail de hôtel de ville, installation de détecteurs de fumée chez des personnes âgées ou à mobilité réduite, rénovation de cages d’escaliers dans un quartier populaire ou encore création de micro jardins dans des maisons de retraite : à chaque rentrée, les nouveaux étudiants, encadrés par leurs aînés, consacrent en effet une journée à des chantiers solidaires.

Baptisée Tous unis pour la cité (TUC), cette opération est organisée par l’association étudiante TUC, avec les collectivités locales, des partenaires publics (tel le Crous), des entreprises et des associations. Inaugurée à l’occasion des 40 ans de l’UTC, en 2013, elle s’est étendue aux autres établissements d’enseignement supérieur de Compiègne et à une dizaine de communes environnantes. En septembre 2015, quelque 1 500 nouveaux étudiants et 500 anciens se mobilisent ainsi le jour J pour réaliser une centaine de chantiers. Mais l’objectif est d’aller au-delà de l’événement et l’association TUC propose aussi aux étudiants de s’investir dans des projets à plus long terme : soutien scolaire aux enfants d’une aire d’accueil de gens du voyage des environs de Compiègne, soutien scolaire et activités ludiques dans un foyer d’accueil pour mineurs de la ville, ou encore cours d’alphabétisation et prévention sur les dangers de la drogue et la préservation de l’environnement auprès des jeunes de l’Établissement public d’insertion de la Défense (Epide) de Margny-lès-Compiègne. À la rentrée 2015, les pensionnaires de l’Epide sont d’ailleurs parties prenantes de la journée Tous unis pour la cité.

Ressort, pour aider les chômeurs à rebondir

© UTC

En 2013, en lien divers partenaires dont Pôle Emploi et la Ville de Compiègne, l’UTC a également adopté un autre dispositif original : Ressort (Regroupement de l’enseignement supérieur en soutien opérationnel à la revitalisation du territoire), qui s’adresse à des ingénieurs et cadres de la région ayant perdu leur emploi. L’idée : faire de leur période de chômage une phase de transition professionnelle, en s’appuyant notamment sur l’université pour les aider à rebondir. Aujourd’hui, l’UTC accueille ainsi une cinquantaine de cadres et ingénieurs. Tous ont accès à ses locaux et à ses ressources : un bureau, la bibliothèque, ses réseaux, les colloques scientifiques ou les rencontres avec des dirigeants d’entreprises qu’elle organise…

Par ailleurs, côtoyer les enseignants-chercheurs de l’université leur offre une opportunité d’actualiser leurs connaissances dans leur discipline et de se remettre à flot. En outre, l’UTC peut les orienter vers la valorisation des acquis de l’expérience ou les formations continues qu’elle propose. Inversement, la vision et l’expérience de ces professionnels sont enrichissantes pour ses enseignants-chercheurs, qui font régulièrement appel à leurs compétences, notamment dans les jurys de soutenance des mémoires de stages des étudiants. Ce dispositif contribue donc à la cohésion sociale sur le territoire. Mais, pour l’UTC, c’est aussi un moyen de s’inscrire dans une logique de sécurisation des parcours professionnels et de formation tout au long de la vie que ses étudiants ont tout intérêt à intégrer, car aucune formation initiale ne peut leur garantir un emploi à vie. Autrement dit, il s’agit d’une démarche de responsabilité sociétale à laquelle tout le monde gagne.