© DR Insead. Centre multidisciplinaire des sciences comportementales.
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RECHERCHE

Un nouvel outil à votre disposition : le Centre multidisciplinaire des sciences comportementales Sorbonne Universités-Insead

Les sciences comportementales décryptent les ressorts du comportement des individus, les mécanismes expliquant leurs réactions et leurs décisions. Depuis longtemps utilisées dans des domaines comme la psychologie sociale ou le marketing, elles jouent un rôle croissant dans de nombreuses disciplines, y compris scientifiques et techniques. Désormais, le laboratoire de recherche comportementale fondé par l’Insead en 2002 est donc soutenu par Sorbonne Universités et ouvert à tous les chercheurs et doctorants de la communauté.

6, rue Victor Cousin, juste en face de la Sorbonne. Ici, depuis douze ans, les chercheurs de l’Insead confrontent leurs hypothèses aux réalités du comportement des individus : simulation de différentes situations de négociation entre des participants jouant le rôle d’un fournisseur et d’un acheteur pour mesurer l’impact de variables humaines sur le résultat d’une transaction commerciale ; exercices écrits ou visuels pour confirmer que les personnes ayant vécu à l’étranger sont plus créatives que les autres… Leur laboratoire réunit toutes les ressources nécessaires à ce type d’investigations : en particulier, l’expertise d’une équipe rompue aux sciences comportementales et aux règles d’éthique encadrant les recherches menées avec des êtres humains, ainsi qu’un fichier de plus de 2 500 personnes d’accord pour se prêter à ces études. Mais aussi toute une batterie d’outils pour concevoir des expériences, recueillir les réponses des participants, mesurer à la milliseconde près leur temps de réaction, enregistrer leur activité cérébrale, traquer où se porte leur attention visuelle sur un écran ou encore reconnaître les expressions faciales manifestant leurs émotions. Sans compter des salles conçues pour conduire des études en conditions contrôlées : « Leur décor est neutre, toutes sont aveugles, insonorisées et il n’est pas possible d’y capter du réseau sur un téléphone mobile ni d’accéder à Internet sur les postes de travail, explique Liselott Pettersson, manager du site. Tout est prévu pour que les participants ne soient pas distraits, se concentrent sur la tâche qu’ils ont à effectuer et que les résultats des recherches soient fiables. »

Des applications multiples
Désormais, ces moyens sont à disposition des chercheurs et doctorants de l’ensemble des établissements de Sorbonne Universités. Les applications de la recherche comportementale sont en effet multiples, non seulement dans les sciences humaines et sociales (marketing, économie, management, sciences de l’information et de la communication, sciences politiques, psychologie…), mais aussi dans le champ de la science et des technologies. « Dans bien des domaines, le progrès ne passe pas seulement par les avancées scientifiques et techniques, mais aussi par une compréhension plus fine de la perception qu’ont les individus d’une problématique ou des réticences que peuvent susciter certaines innovations et de ce qui peut motiver les changements de comportements, souligne Pierre Chandon, titulaire de la chaire L'Oréal en marketing, innovation et créativité à l'Insead et directeur du Centre multidisciplinaire des sciences comportementales Sorbonne Universités-Insead. En collaboration avec des spécialistes en nutrition humaine, l’Insead travaille par exemple sur les comportements alimentaires et la prévention de l’obésité. Ses chercheurs participent notamment à une étude sur des femmes obèses ayant bénéficié d’une chirurgie de l’estomac, qui est conduite par l’Institut de cardiométabolisme et nutrition (Ican) : un institut hospitalo-universitaire créé par l’UPMC, l’Inserm et l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. « Généralement, après cette opération, les patientes manifestent un certain désintérêt pour la nourriture, dont les raisons sont mal connues, explique Pierre Chandon. Il s’agit donc d’étudier des paramètres tels que l’évolution de la perception du goût du sucré et du gras ou de la patience face à la nourriture avant et après l’intervention. Ces données seront ensuite croisées avec l’évolution de la flore intestinale, car une grande partie des préférences alimentaires pourrait être liée à sa composition. »

De la médecine… à l’effet de serre
Lutte contre l’obésité ou le tabagisme, compréhension des freins face à la vaccination ou au don d’organe… La médecine peut de toute évidence tirer profit d’une connaissance approfondie des ressorts comportementaux. Mais les facteurs humains jouent également un rôle clé dans l’exploitation de nombreuses technologies : nanomatériaux, big data, technologies environnementales… Les gains des technologies d’efficacité énergétique, par exemple, sont souvent limités par un effet rebond : plus les climatiseurs ou les ampoules sont sobres, moins nous veillons à maîtriser notre consommation d’énergie. Les recherches comportementales pointent notamment l’importance de la comparaison à autrui pour infléchir cette tendance. Les individus se déterminent en effet largement en fonction de ce qui leur semble la norme dans leur communauté. Une expérience conduite en Californie démontre ainsi que pour inciter les ménages à utiliser un ventilateur plutôt que la climatisation, il est plus efficace de communiquer sur le pourcentage élevé de leurs voisins ayant déjà fait ce choix que sur les économies d’énergie et donc d’argent ou de CO2 réalisées.

Un soutien financier de Sorbonne Universités
Le champ de la recherche sur les comportements est donc vaste et le Centre multidisciplinaire des sciences comportementales doit permettre aux chercheurs de Sorbonne Universités de l’explorer. Il leur est ouvert pour tout type d’étude : simple questionnaire auprès d’un échantillon ciblé de population (par exemple, pour valider la pertinence d’un sujet de recherche), entretiens qualitatifs, simulation d’une situation via un jeu de rôle… Les chargés d’études du laboratoire peuvent les assister pour préparer et scénariser une expérience, mais aussi recruter des participants, gérer leur rémunération ou encore assurer l’analyse statistique des données recueillies. 
L’accès aux locaux et aux équipements du centre est gratuit et Sorbonne Universités finance les frais de recrutement des participants et l’intervention des chargés d’études pour les chercheurs (hors Insead) souhaitant réaliser une première étude destinée à tester la recherche comportementale dans leur domaine — ce, même si leur projet n’implique qu’un seul établissement. Bref, n’hésitez pas à vous lancer !

 

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