© Luc Pérémon
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ENTRETIEN

Bertrand Commelin, directeur général de Sorbonne Universités

Sorbonne Universités répond aux objectifs d’une politique nationale qui fait émerger des pôles universitaires d’excellence de taille mondiale, renforce les moyens de la recherche fondamentale et accélère le transfert de technologies. Son directeur général, Bertrand Commelin, éclaire la logique et l’organisation originale d’une démarche nouvelle qui rassemble des établissements de premier plan autour d’un projet partagé.

PRES, ComUE, IDEX… pouvez-vous expliquer le sens de ces divers acronymes utilisés pour désigner Sorbonne Universités ?
Ils sont l’expression de logiques complémentaires qui définissent Sorbonne Universités (SU), en tant que structure et en tant que projet. Le PRES, Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur, a été constitué en 2010. Il rassemble 8 membres fondateurs* et 11 établissements associés, avec un objectif d’organisation pérenne. Cet objectif a été précisé par la loi de juillet 2013 pour l’enseignement supérieur et la recherche qui prévoit que le PRES peut se transformer en Communauté d’Universités et d’Établissements, la ComUE : c’est l’option retenue par les membres de SU. Ce changement d’appellation traduit aussi une évolution institutionnelle puisqu’il marque la création d’un établissement public dont les statuts, après examen des conseils d’administration de chaque établissement membre, devraient pouvoir être adoptés avant la fin juillet 2014.
Cette réorganisation structurelle se nourrit d’une grande ambition : dans un contexte de compétition scientifique et académique mondiale croissante, la France se fixe l’objectif de faire émerger des pôles universitaires d’excellence de taille mondiale, de renforcer les moyens de la recherche fondamentale, d’accélérer le transfert de technologies, et de se rendre ainsi plus attractive non seulement pour sa jeunesse et ses entreprises, mais aussi à une échelle internationale. Le Programme des investissements d’avenir, placé sous l’égide du Commissariat général à l’investissement accompagne cette ambition. Un appel à projets a, en 2011, lancé les Initiatives d’Excellence – Idex – en vue d’amener les établissements d’enseignement supérieur et de recherche, en particulier les PRES, à s’organiser pour concevoir et porter des projets d’ « excellence ». SU y a répondu : son Idex SUPER – Sorbonne Universités pour l’Enseignement Supérieur et la Recherche –, a été sélectionné et bénéficie à ce titre, pour quatre années, d’un financement issu du revenu du placement à la Caisse des Dépôts et Consignations d’une dotation non consommable de 900 millions d’euros.
L’Idex a ainsi vocation à contribuer à la construction de la ComUE, mais les deux démarches, pour articulées qu’elles soient, ne doivent pas être confondues : il existe des ComUE non porteuses d’Idex, et nombre de projets et autres « objets d’excellence » portés par SU ne se limitent pas à l’Idex.

Pouvez-vous préciser ce périmètre?
Les Idex – même si elles mobilisent une grande part des financements des investissements d’avenir – ne constituent qu’un volet de ce programme qui comprend d’autres actions pour lesquelles SU s’est aussi portée candidate*, et avec succès, qu’il s’agisse des laboratoires d’excellence, des instituts hospitalo-universitaires, des équipements d’excellence, des sociétés d’accélération de transfert de technologies… Toutes ces actions sont complémentaires de l’Idex, elles participent pleinement de l’ambition de créer des pôles pluridisciplinaires de rang mondial. Par ailleurs, la ComUE est à l’initiative de projets de rapprochement entre établissements, qu’il s’agisse de départements, de services, de laboratoires, ou encore d’échanges et de mutualisations de bonnes pratiques, qui fabriquent au quotidien l’interdisciplinarité, renforcent l’excellence, améliorent l’efficacité, voire sont générateurs d’économies. Nous travaillons par exemple sur des politiques d’achat communes qui permettront de réduire les coûts et libéreront des ressources pour financer la recherche et la formation.

Comment se décide la conduite d’autant de projets ?
L’originalité de l’organisation de la ComUE est rappelée dans ses statuts : l’exercice en commun de compétences à travers des projets et programmes que les établissements décident de mettre en œuvre. Cet exercice prend place dans le cadre collégial des comités de référents* qui réunissent des représentants des établissements dans les quatre domaines de compétence de SU que sont la formation, la recherche, la vie de campus et l’international. Chaque comité soumet des projets au conseil d’administration de SU qui décide de leur financement, sur le budget de l’Idex notamment. Entre deux conseils, les présidents ou directeurs généraux des établissements se réunissent dans un comité des membres* – futur conseil des membres de la ComUE – qui assure le pilotage de SU. Réuni trois à quatre fois par mois autour de son président, il permet l’exercice d’une gouvernance collégiale et assure la fluidité des processus de décision et de mise en œuvre.

Quels sont dès lors les rôles respectifs de Sorbonne Universités et des établissements dans le développement des projets ?
Nous ne partons pas de rien. Les établissements qui constituent SU représentent, chacun dans ses disciplines, des potentiels exceptionnels que les projets de la ComUE et de l’Idex ont vocation à stimuler et dont ils doivent permettre le croisement et le meilleur accomplissement dans une approche interdisciplinaire. Décidés par les établissements et mis en en œuvre en leur sein, les projets sont logiquement pilotés opérationnellement par les comités des référents dont j’ai déjà parlé et qui sont eux-mêmes à l’origine des projets.
En interface avec ces comités, SU dispose, en propre, de services organisés selon ses quatre domaines de compétence, et animés, pour chacun, par un directeur. Ces équipes ont notamment pour mission d’instruire les dossiers des projets et programmes jusqu’au versement des financements dans les établissements. SU intègre enfin des fonctions supports, notamment une cellule de suivi administratif et financier de la mise en œuvre de l’Idex, et un service de communication qui attend l’arrivée prochaine de sa directrice. Au total, l’effectif de SU – qui n’excède pas à ce jour la vingtaine de collaborateurs – restera une structure volontairement très légère, ce qui rend bien compte d’un principe général et intangible : les établissements, en toute autonomie et, à travers les principales instances que j’ai décrites, décident et mettent en œuvre, tandis que SU, anime, coordonne, assure l’allocation des ressources et le suivi des projets.

Parmi les projets que vous avez évoqués, certains ne requièrent-ils pas des structures spécifiques ?
Il y a en effet deux types de projets. Certains exigent une mise en commun de compétences autour d’un même objectif, comme pour le programme Convergence dans le domaine de la recherche. D’autres nécessitent le cadre d’une structure dédiée, qui peut cependant prendre appui sur un dispositif déjà existant dans un établissement si son modèle est bien adapté au projet concerné. De tels projets peuvent, même temporairement, requérir un surcroit d’activité, ne serait-ce que d’organisation, d’information et de formation. À chaque fois que se pose cette question, il faut rappeler que le financement peut inclure, au titre de l’Idex, le recrutement de compétences.

Vous avez signalé la création imminente de l’établissement public qui prendra le relais du PRES, qu’en est-il pour le calendrier de l’Idex ?
L’initiative d’excellence comprend une phase probatoire de quatre ans qui arrivera à échéance dans moins de deux ans. En 2016, le jury international qui a qualifié l’Idex SUPER en 2011, examinera son degré de réalisation et la conformité aux objectifs initiaux. L’enjeu, essentiel, est la pérennisation de la dotation acquise en 2012.
Il est indiscutable que le démarrage du projet a été difficile en 2012 et 2013. Un changement de régime s’est cependant opéré à la fin de l’année dernière.A la mi-2014, le conseil d’administration a déjà voté près des deux tiers du budget de l’année. Au-delà, il faut bien sûr rattraper le retard ; mais la montée en charge, rapide ces derniers mois, de l’équipe de Sorbonne Universités, la bonne appropriation des procédures d’initiative et de mise en œuvre des projets, l’apprentissage des rôles, ont permis d’enclencher une dynamique manifeste que l’on mesure chaque jour. L’Idex et les autres objets d’excellence que porte SU sont autant d’occasions de mieux se connaitre, de se faire confiance, de se donner des règles communes et de partager in fine les valeurs qui portent la ComUE.

* Pour en savoir plus :
Les projets de l’Idex SUPER
Trois nouveaux membres rejoignent SU