© Luc Pérémon «Sorbonne Universités n’est plus un projet, c’est une réalité»
© Luc Pérémon. «Sorbonne Universités n’est plus un projet, c’est une réalité»
ENTRETIEN

Thierry Tuot, président de Sorbonne Universités

Un projet devenu réalité, une dynamique portée par la complémentarité des disciplines et des institutions – et la liberté comme condition première pour la recherche et la transmission des savoirs : Thierry Tuot rappelle ici les objectifs et les enjeux auxquels répond Sorbonne Universités, communauté d’universités et d’établissements, dont il est le président depuis septembre 2013.

Sorbonne Universités se dote d’une nouvelle identité visuelle et lance sa lettre d’information en ligne, bientôt un nouveau portail. Quel sens donner à cette volonté de communication ?

Sorbonne Universités n’est plus un projet, c’est une réalité. Ce premier numéro de notre lettre d’information me permet d’affirmer que les temps malaisés qu’a connus Sorbonne Universités sont révolus et qu’une réelle dynamique est à l’œuvre. Cette dynamique s’est accélérée parce que Sorbonne Universités ne constitue pas une couche administrative supplémentaire, qu’elle n’est pas une machine à produire des circuits compliqués. L’image du forum me paraît la plus expressive de notre rôle et de notre fonctionnement : un cadre avec des règles, mais au sein duquel chacun peut s’exprimer, un endroit qui favorise les échanges, concentre des ressources, des possibilités de financement, des expertises, et qui offre une totale liberté pour conduire des projets. Un logotype plus lisible, plus reconnaissable signale non pas tant notre propre existence qu’un point d’accès à un ensemble de ressources, et c’est donc pour exprimer un contenu et rendre disponibles des informations essentielles que la communication entre dans notre démarche.

Comment définissez-vous votre projet ?

Notre ambition – formulée dans nos statuts – est de constituer une université de recherche de classe mondiale. En 2014, nous avons créé le Collège des Licences, le Collège doctoral, nos masters bénéficient déjà de leurs liens avec les laboratoires d’excellence auxquels nous affectons d’importants moyens et à partir desquels nous avons lancé sous le label « Convergence » plusieurs programmes structurants dont l’accueil dépasse notre attente. Nous contribuons aussi à l’émergence de nouvelles structures comme l’Institut universitaire d’ingénierie de la santé.

L’ensemble de nos actions répond également à un autre enjeu : replacer l’Université au cœur de la société parce que le débat public et la décision politique ont besoin d’intégrer les acquis de la connaissance. Sur des questions économiques, éthiques, énergétiques, environnementales, comment fonder une position sans en appréhender la complexité et la technicité ?

Cette complexité explique-t-elle l’importance que vous donnez à l’interdisciplinarité ?

Observons ce qui se passe. L’environnement requiert aujourd’hui une approche à la fois sociale et scientifique, la médecine fait de plus en plus appel aux métiers de l’ingénieur, l’archéologie a besoin de la chimie, l’histoire a besoin des sciences. Ces fertilisations croisées sont désormais indispensables. Mais si nous encourageons la traversée des frontières, nous savons aussi à quel point ces frontières doivent continuer à exister. Le terme même de discipline est à entendre dans ses deux acceptions : le domaine de connaissance et l’exigence. Néanmoins, le grand mirage technologique du XXe siècle s’efface et nous savons que les activités, avant d’être ou non scientifiques, sont d’abord humaines et que le travail sur l’humain mobilise toutes les disciplines du savoir.

Nos efforts portent donc aussi sur le développement de formations bi-disciplinaires, de doubles cursus, de parcours articulant majeure et mineure et sur des offres de formation permettant des réorientations. Il suffit, là encore, d’observer la rapidité avec laquelle évoluent les métiers dans les entreprises et, plus généralement, les besoins de la société pour comprendre la nécessité de ces ouvertures. Nous formons aujourd’hui d’honnêtes ingénieurs comme on formait des honnêtes hommes, c’est-à-dire des gens capables de poser les bonnes questions avant d’essayer d’y répondre.

L’excellence est inscrite dans l’intitulé même des Idex, Quelle sont les conditions de cette exigence à laquelle Sorbonne Universités donne une dimension sociale importante ?

L’excellence est d’abord incarnée par nos établissements. Parmi les Prix Nobel et les lauréats de la Médaille Fields, ou à travers les publications les plus reconnues, les membres de Sorbonne Universités sont très bien représentés.

Nous avons aussi un objectif d’excellence à l’égard de nos étudiants ! En France, prévaut encore un schéma selon lequel, pour un étudiant, tout serait joué, et définitivement joué, à l’âge de 25 ans. À quoi on pourrait ajouter que tout, ou presque tout, serait joué avant, selon l’origine sociale. En ce qui nous concerne, nous ne voulons pas placer nos étudiants en situation d’échec par une sélection et une spécialisation trop précoces, et notre ambition est, au-delà de la formation initiale, de leur offrir des possibilités de formation tout au long de leur vie. Par ailleurs, notre politique de bourses, qui se traduit déjà dans le cadre des séjours à l’international, est une de nos priorités et va se déployer en complément des bourses d’État. Le travail que nous avons engagé sur le logement étudiant et nos offres d’emplois étudiants vont dans le même sens. À travers un ensemble d’actions, qui recouvrent aussi les questions de santé et d’accès à la culture et aux pratiques sportives, la notion de campus s’affirme dans sa dimension sociale et fait naître un sentiment d’appartenance que vont renforcer nos nouveaux statuts, avec une représentation équilibrée de l’ensemble de nos communautés.

Ces nouveaux statuts vont-ils modifier les conditions de la gouvernance de Sorbonne Universités dont les membres conservent une totale autonomie ?

Notre chance et notre force, c’est d’avoir un projet commun, des idées et des aspirations communes. Il s’est agi, dans un premier temps, de lancer un projet, il s’agit désormais d’administrer, non une institution que nous ne sommes pas, mais un système qui produit de la formation et de la recherche. Et, pour cela, nous aurons une gouvernance partagée, avec un conseil d’administration composé pour moitié de personnalités qualifiées et des représentants de nos membres et, pour moitié, d’élus représentant nos différentes communautés : étudiants, enseignants, chercheurs et personnels administratifs et techniques, avec lesquels et pour lesquels nous travaillons, et qui constituent l’essentiel de notre valeur.

Nos statuts réaffirment aussi l’autonomie de nos membres, universités et établissements. Notre première ambition est en effet de ne pas compromettre ce qui, au fil du temps, a permis d’atteindre un niveau d’excellence. Cette excellence acquise dans les domaines de la recherche et de la formation repose sur une valeur essentielle : la liberté ! Dans notre Constitution, les libertés universitaires sont fondamentales. Elles correspondent aussi à une réalité de la recherche qui ne connaît pas de frontières administratives et à un enjeu majeur pour la transmission des savoirs. Sorbonne Universités se doit de respecter et d’encourager cette vitalité au service d’un intérêt commun.