Interview avec Noemí Moncunill, lauréate d’une bourse Marie Sklodowska- Curie

Noemí Moncunill est enseignante chercheuse à la faculté de Lettres Classiques de l’Université de Barcelone et éditrice dans une Maison d’édition catalane, la Collection Fundació Bernat Metge. Spécialiste des langues prélatines de la péninsule ibérique, elle vient en mobilité de 24 mois à Paris-Sorbonne pour mener à bien son projet ZEPHYROS. Lauréate Marie Sklodowska Curie entrante, Noemí a bénéficié de l’accompagnement du Bureau Europe pour monter son projet. Elle revient sur cette expérience.
Visuel
Noemí Moncunill

Pour quelles raisons avez-vous décidé de tenter votre chance pour un projet européen ?

Il s’agissait pour moi d’une opportunité unique, qui me permettait de me consacrer à plein temps à la recherche pendant deux ans, en menant à bien un projet complexe et ambitieux. La coopération que je vais développer avec les spécialistes de Paris-Sorbonne n’aurait pas été possible sans ce financement. ZEPHYROS me permettra d’incorporer des techniques et des méthodologies nouvelles dans mon domaine d’études. A terme, cela m’offrira la chance de donner une nouvelle orientation à ma recherche et de m’intégrer pleinement dans l’Espace européen de la Recherche.

Qu’est-ce qui vous a plu dans la bourse Marie Skłodowska Curie ?

Ce programme est très ouvert quant à la thématique de recherche, favorisant ainsi la créativité pour proposer des lignes de recherche, dans le cadre d’approches nouvelles. Dans ce programme, par exemple, la communication du chercheur avec la société et le fait que le projet puisse avoir une certaine applicabilité dans la vie quotidienne des personnes sont hautement appréciés. Il est vrai que dans le domaine des sciences humaines, cela n’est pas toujours facile à justifier, mais il est de plus en plus important de faire l’effort d’exposer au grand public le sens de notre métier, et l’ampleur de ce que nous pouvons apporter à la société. Par ailleurs, le profil des candidats n’est pas excessivement marqué ; on pourrait même dire que la cohérence interne du projet est beaucoup plus importante que le cursus du candidat. C’est pour cela que des personnes avec un parcours singulier, peu habituel ou non strictement restreint à la vie universitaire, peuvent postuler avec de réelles chances de succès.

En quoi consiste votre projet ?

Dans le cadre de mon projet ZEPHYROS, j’ai l’intention d’étudier la façon dont se sont configurées les premières cultures écrites de l’Extrême-Occident méditerranéen, au fur et à mesure que les peuples autochtones s’inséraient dans les routes commerciales du monde classique, en contact avec les Phéniciens, les Grecs, puis les Romains. Le projet a donc pour but de mener une analyse comparative des premiers témoignages écrits attestés dans la partie occidentale de la Méditerranée. Une partie de cette documentation est inscrite dans des langues qui n’ont pas encore été déchiffrées, de sorte que cette étude transversale et comparative devrait permettre de faire avancer la recherche vers une meilleure compréhension de ces cultures mal connues et de leurs traditions épigraphiques respectives. Le projet comprend aussi une partie plus technique d’édition digitale de textes épigraphiques, qui permettra la mise en ligne en accès ouvert d’une bonne partie de ces documents.

Pourquoi avez-vous choisi Paris-Sorbonne ?

Le laboratoire de Paris-Sorbonne qui va m’accueillir, Orient et Méditerranée, réunit un grand nombre de spécialistes de ce qu’on appelle les “Sciences de l’Antiquité”, avec des profils différents (philologues, archéologues, historiens, anthropologues, spécialistes des religions, etc.). Il s’agit pour moi d’une excellente opportunité pour travailler dans un entourage interdisciplinaire, ce qui est peu habituel dans mon université d’origine, et qui profitera grandement au type d’étude que je me propose de mener. A cette interdisciplinarité, il faut encore ajouter le fait que le laboratoire rassemble des personnes qui travaillent sur la même période que moi, ainsi que des épigraphistes spécialistes de différentes zones de l’arc méditerranéen. La professeure qui dirigera mes travaux, Michèle Coltelloni-Trannoy, est spécialiste des contacts linguistiques et épigraphiques en Afrique du nord antique. Il est évident que son aide me permettra d’aborder mon sujet avec une vision plus globale et complète, en évitant les cloisonnements disciplinaires dans lesquels nous nous trouvons trop souvent pris lorsque nous faisons de la recherche.

Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Mon dossier a été favorablement évalué par la Commission au mois de mars dernier, et je vais entamer mon projet au mois de septembre prochain. Je me trouve donc en ce moment dans une phase préparatoire, dans le cadre de laquelle je dois surtout gérer des questions administratives. Je passerai les premiers mois de mon projet au King’s College London, au sein du laboratoire Epidoc, du Département des Digital Humanities, spécialisé dans l'édition numérique de textes épigraphiques. Et ensuite je passerai les 18 mois restants à l'Université Paris-Sorbonne.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées, quelles étaient vos craintes ? Comment avez-vous réussi à les dépasser ?

La principale difficulté liée à la mise en place d'un nouveau projet provient du fait qu'il faut souvent aborder une nouvelle méthode de travail, dont les résultats scientifiques ne peuvent pas toujours être prévus en détail. La préparation même d’un dossier MSC comporte une bonne partie de réflexion concernant les éventuels problèmes qui pourraient survenir au cours du projet, et les solutions possibles. En ce qui concerne les aspects administratifs, il faut dire qu’il s’agit de projets un peu difficiles à mettre en place, non seulement durant la phase de préparation et de dépôt du dossier, mais aussi durant la phase d’exécution. Dans ces conditions, l’accompagnement d’une équipe de professionnels, comme celle du Bureau Europe de Sorbonne Universités, peut faire la différence entre un projet retenu et un projet non sélectionné.

Justement, quelle a été l’aide apportée par le Bureau Europe de Sorbonne Universités ?

Comme je le disais, ces dossiers sont parfois difficiles à remplir ; le dossier à fournir n'est pas nécessairement très long, mais il faut le rédiger avec beaucoup de soin. Une fois la partie scientifique définie, il faut savoir la présenter clairement, en insistant sur son intérêt, sa faisabilité, et en établissant un calendrier de travail très précis et réaliste. Le Bureau Europe m’a fourni un appui décisif, en particulier pour améliorer certains aspects de formulation du dossier et le rendre ainsi plus clair et solide. J’ai également été accompagnée lors du dépôt de mon dossier sur la plateforme de la Commission, ainsi que plus tard, dans toutes les démarches liées à la signature du contrat. Malgré la distance géographique, la communication avec le Bureau a été extrêmement aisée et fluide. Ils travaillent très efficacement.

Quels messages souhaiteriez-vous passer à vos collègues à propos des programmes européens ?

Frapper à la porte de l’un de ces programmes est aujourd’hui presque une nécessité pour pouvoir mener ses recherches avec un bon soutien institutionnel et un bon financement. Le prérequis d'interconnexion de ses propres projets avec le travail d'équipes à l'échelle européenne permet d’optimiser les efforts et de mener à bien des projets beaucoup plus ambitieux. Je ne peux qu’encourager tous ceux qui n’ont pas encore tenté l'expérience.