Photo de Didier Alexandre

En quoi Humanum nourrit-elle la stratégie de Sorbonne Universités ?

Grâce à Humanum, Sorbonne Universités a été la première institution en France à inscrire dans ses activités de recherche et de formation non seulement la pratique mais aussi la théorisation des humanités numériques. Entretien avec le référent scientifique de la chaire, Didier Alexandre, qui est directeur de l’Observatoire de la vie littéraire (Obvil) et professeur de littérature française à Paris-Sorbonne.

La chaire Humanum a pour principale mission de mener une réflexion critique sur les travaux du Labex Obvil : en quoi est-ce essentiel ?

Les bouleversements introduits par le numérique sont aussi importants que ceux engendrés par l’invention de l’imprimerie en son temps et ne sont pas neutres : l’objet numérisé sur lequel nous travaillons n’est plus à proprement parler un livre, les usages du numérique que met en place Obvil pour l’analyse de la vie littéraire ont des conséquences sur notre métier de chercheur… Il était donc indispensable d’engager une réflexion critique sur les travaux du Labex afin d’éviter une démarche un peu naïve – la plus naïve étant de penser que la machine va travailler à notre place. Les outils numériques ouvrent certes la voie à des avancées notables dans la recherche sur la littérature. Mais, en même temps, il faut en être conscient, les logiciels que nous utilisons pour analyser les textes sont autoritaires : l’algorithme qui fouille un texte pour chercher des occurrences est une façon de poser la question qui conditionne la réponse et, d’une certaine manière, restreint les possibilités d’exploration du chercheur. 

La formation occupe elle aussi une place importante dans cette chaire : pourquoi ?

Ce n’est plus la peine de se demander si la révolution numérique va avoir lieu : elle a eu lieu. La question aujourd’hui est de savoir ce que l’enseignement et la recherche vont faire des mutations qu’elle engendre, ce qui suppose de réfléchir sur ces transformations et de les maîtriser. C’est la fonction de la formation : donner aux étudiants et aux jeunes chercheurs les moyens de maîtriser non seulement les usages du numérique dans le contexte des sciences humaines et sociales, mais aussi leurs enjeux. Et c’est notre mission à Sorbonne Universités que de les former à cet esprit critique. Dès le début, le Labex s’était donc fixé pour objectif de développer des enseignements sur les humanités numériques de la licence au doctorat. C’est ce que nous faisons en nous appuyant sur Milad Doueihi, le titulaire de la chaire Humanum, qui vient des Etats-Unis où les humanités numériques sont assez développées et qui est un spécialiste mondialement reconnu du sujet (lire l’article « Un lieu fécond de pensée du numérique »).

La chaire est aujourd’hui à mi-parcours : qu’a-t-elle déjà apporté à Obvil et à Sorbonne Universités ?

Avec Obvil et Humanum, Sorbonne Universités a été la première institution en France à inscrire dans ses activités de recherche et de formation non seulement la pratique mais aussi la théorisation des humanités numériques. L’expertise et la notoriété du titulaire de la chaire, les nombreuses conférences qu’il donne partout en France sur les enjeux du numérique et son réseau considérable de relations contribuent à la fois à placer Obvil et Humanum en pointe dans leur domaine, à légitimer leurs travaux et à les faire connaître et reconnaître à l’échelle internationale. Milad Doueihi nous a notamment permis de nouer des contacts avec plusieurs laboratoires prestigieux du monde anglo-saxon : par exemple, le Metalab de Harvard University, dont le directeur, Jeffrey Schnapp, est intervenu lors du séminaire 2014-2015 d’Obvil, ou encore la Annenberg School of Communication de l’Université de Pennsylvanie, avec laquelle la chaire organisera en avril 2016 aux Etats-Unis un colloque consacré à la dimension mondiale de la culture numérique. Tout cela participe au rayonnement international de Sorbonne Universités.

Quels pourraient être les prolongements de la chaire après 2016 ?

Il est encore trop tôt pour le dire. Néanmoins, l’Université Paris-Sorbonne a décidé d’ouvrir un poste de professeur en humanités numériques au sein de l’UFR de littérature française et de littérature comparée pour la rentrée 2016 et, très clairement, les pratiques, les recherches et les enseignements qu’a fait émerger Humanum ont fortement motivé cette décision. Là aussi, la chaire est donc une réussite.