Décryptage

Le programme GeAcMus réunit des chercheurs en sciences humaines, en sciences exactes et des musiciens de haut niveau pour mieux dévoiler les interactions entre le geste de l’instrumentiste, les propriétés mécaniques de son instrument et la musique interprétée, ceci dans des cultures différentes. Une démarche innovante pour aborder un objet de recherche encore largement méconnu.

GeAcMus : une nouvelle approche de la musicologie

1. Le contexte

En musicologie comme en acoustique musicale, l’exploration de nouveaux champs de recherche passe plus que jamais par l’interdisciplinarité. L’étude du jeu instrumental en est une parfaite illustration. Le son produit par un instrument dépend en effet à la fois de ses caractéristiques mécaniques et du geste de l’instrumentiste. Mais, outre le savoir-faire du musicien, ce geste est lui-même dicté par l’acoustique et l’ergonomie de l’instrument, ainsi que par la musique à interpréter. Le tout variant selon les cultures et les époques, leurs valeurs esthétiques ou encore la place symbolique de la musique.

Grâce à la complémentarité de ses domaines d’expertise, Sorbonne Universités dispose des forces nécessaires pour décrypter l’ensemble de ces paramètres et leurs interactions, afin de rendre compte de l’instrument et de sa mise en jeu dans toute leur complexité.

C’est l’objet de la chaire GeAcMus. Créée en septembre 2015 pour une durée de dix-huit mois, elle associe des musiciens, des ethnomusicologues et musicologues, des experts en biomécanique (la mécanique du corps humain), en acoustique musicale, en organologie (l’étude des instruments de musique), en facture et phylogénie des instruments (l’étude de leur évolution) pour mener la première étude pluridimensionnelle et pluriculturelle du jeu instrumental

2. Principaux axes de recherche

GeAcMus vise à analyser tout à la fois le geste de l’instrumentiste, la facture de l’instrument, son acoustique, le langage musical, leurs représentations culturelles et leurs évolutions dans le temps, ceci dans le contexte de la musique occidentale, mais aussi de musiques de tradition orale. Pour cela, le programme est découpé en plusieurs projets interdisciplinaires portant sur trois types d’instruments utilisés dans les traditions écrites et orales : 

  • Instruments à percussion : analyse comparative du geste instrumental de xylophonistes et joueurs de tambour sur pied en Afrique et en Occident.

  • Instrument à cordes pincées :

    • Harpe : étude comparative du geste instrumental et des instruments dans trois populations du Gabon (Fang, Myene, Tsogho).
    • Luth : étude comparative du geste instrumental dans différentes régions d’Iran et d’Asie centrale, analyse de la facture des instruments et de son évolution.

  • Instruments à vent :

    • Analyse du contrôle acoustique d’une cornemuse par l’instrumentiste.
    • Expérimentation d’une démarche en boucle courte, c’est-à-dire associant toutes les disciplines concernées (musicologues, acousticiens, facteur d’instruments, musiciens), pour reproduire et optimiser une flûte occidentale du XIXe siècle.
    • Elargissement des possibilités musicales et expressives d’une flûte à encoche pour répondre à un répertoire nouveau.

3. Enseignement, échanges scientifiques

GeAcMus finance des gratifications de stage de recherche pour des étudiants de master et tient un séminaire interdisciplinaire mensuel nomade, qui fait halte au centre Clignancourt de Paris-Sorbonne, au Musée de l’Homme et dans les locaux de l’équipe Lutheries - Acoustique - Musique (voir le calendrier).

La création de la chaire s’est également traduite par la mise en place de trois modules d’ethnomusicologie ouverts aux étudiants de master 2 et aux doctorants de Sorbonne Universités, qui auront lieu de mi-avril à fin mai au Musée de l’Homme (voir le programme détaillé).

4. Les acteurs

La chaire réunit sept entités de Sorbonne Universités :

 

Elle comporte également un partenaire externe : le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris.

GeAcMus est portée par deux ethnomusicologues :

Susanne Fürniss, responsable de l’équipe Systématique et catégorisation culturelles au MNHN, et François Picard, chercheur à IReMus et professeur à l’UFR de musique et musicologie de Paris-Sorbonne (lire leur interview).

L’équipe pilotant les recherches associe des ethnomusicologues et des acousticiens experts des différents instruments étudiés. Elle compte :

 

  • deux titulaires seniors : Fabrice Marandola, professeur de percussion et de musique contemporaine à l’Université McGill de Montréal et docteur en ethnomusicologie (lire l’article sur ses recherches), et Patricio de la Cuadra, flûtiste et professeur d’acoustique musicale à la Pontificia Universidad Católica de Chile  (lire l’article sur ses travaux) ;
  • un titulaire junior : Farrokh Vahabzadeh, ethnomusicologue spécialiste du luth dans les cultures iranienne et centrasiatique, auparavant postdoctorant à l’Université de Montréal ;
  • quatre postdoctorants : deux ethnomusicologues (Marie-France Mifune, spécialiste de la harpe au Gabon ; Cassandre Balosso-Bardin, spécialiste de la cornemuse) et deux acousticiens (Henri Boutin, qui a notamment travaillé sur les matériaux des instruments anciens ; Camille Vauthrin, qui a réalisé sa thèse sur la flûte).