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Portrait de Pascal Frey, directeur de l’Institut des sciences du calcul et des données de la communauté et coordinateur de la chaire

En quoi la chaire FaciLe nourrit-elle le projet de Sorbonne Universités ?

En défrichant un champ d’investigation aussi nouveau que celui de FaciLe, Sorbonne Universités affirme son ambition de grande université de recherche de rang mondial. Explications de Pascal Frey, directeur de l’Institut des sciences du calcul et des données de la communauté et coordinateur de la chaire.

Quel est l’intérêt pour Sorbonne Universités de se positionner sur la thématique de la reconstruction faciale numérique en 3D ?

En France, nous sommes la seule communauté universitaire à conduire un projet de ce type, et la seule à réunir tout l’éventail des expertises nécessaires pour le mener. Nous avons eu la chance que Sorbonne Universités nous accorde sa confiance sur un sujet aussi novateur, qui s’inscrit forcément dans le long terme. Dans un paysage scientifique national plutôt axé sur le court terme, c’est une prise de risque courageuse, mais à laquelle Sorbonne Universités a tout à gagner si nos travaux aboutissent. Ils ne pourront que conforter son image de grande université de recherche de rang mondial.

En quoi le parti pris de FaciLe diffère-t-il fondamentalement de celui des équipes qui avaient déjà travaillé sur ce sujet ?

Notre constat de départ, ce sont les limites des outils numériques de reconstruction faciale fondés sur une approche statistique. Ces méthodes aboutissent à des visages « moyens » : des visages qui reflètent la physionomie moyenne d’un individu de tel âge et de tel sexe dans une population donnée, mais pas les traits percutants qui font qu’on reconnaît une personne. Notre approche est au contraire de nous écarter le plus possible de la moyenne, en procédant par modélisation mathématique et en intégrant des paramètres très fins, comme, par exemple, la forme et la taille des muscles du visage.

La chaire s’achève en juin 2016. A quelques mois de cette échéance, quel bilan tirez-vous ?

Les outils de morphing développés par l’équipe pour reconstruire le visage d’une personne à partir d’un crâne et d’un visage de référence marquent une première avancée. Cette méthode de modélisation mathématique est clairement plus efficace que l’approche statistique. Nous sommes d’ailleurs en train de publier de premiers résultats dans des revues d’anthropologie, de chirurgie et de mathématiques.

Nous avons levé un pan du voile, nous avons une bien meilleure compréhension du problème que lors du lancement du projet, mais notre méthode est très largement perfectible et, à mesure que nous avançons, de nouvelles questions émergent.

Qu’adviendra-t-il de ces recherches après juin 2016 ?

La chaire a porté de premiers fruits, il serait évidemment dommage de s’arrêter là. Les deux thèses engagées dans le cadre de FaciLe vont bien sûr continuer. Mais nous avons également créé une équipe Sciences du numérique pour l’archéologie et l’anthropologie (SN2A) au sein de l’Institut des sciences du calcul et des données de Sorbonne Universités.

Cet institut a pour mission de fédérer et soutenir les projets interdisciplinaires autour du calcul scientifique, de la simulation et de l’analyse de données. Les applications du numérique en archéologie et anthropologie sont un de ses trois axes stratégiques avec la biologie computationnelle et génomique et les sciences du numérique pour la chimie. Les travaux engagés avec FaciLe se poursuivront donc dans ce cadre, avec l’équipe multidisciplinaire SN2A.