Enjeux

En quoi la chaire e-Biomed nourrit-elle la stratégie de Sorbonne Universités ? Explications avec la référente scientifique du programme : Cécile Legallais, qui est directrice adjointe du laboratoire Biomécanique et bioingénierie (BMBI) de l’UTC et pilote la construction de l’Institut universitaire d’ingénierie en santé de Sorbonne Universités.

Quelle est la genèse de cette chaire ?

L’enjeu de Sorbonne Universités, c’est de conjuguer les domaines d’excellence de ses membres pour développer des activités de recherche et d’enseignement originales. L’ingénierie en santé est précisément l’une de ces grandes thématiques transverses qui ont émergé de notre rapprochement. Grâce aux membres des facultés de médecine et d’ingénierie de l’Université Pierre et Marie Curie, de l’Université de technologie de Compiègne et de Paris-Sorbonne, mais aussi aux chercheurs du CNRS, de l’Inserm ou de l’Inria impliqués dans les unités de recherche, nous disposons d’atouts importants pour nous développer dans ce domaine. En 2014, l’UTC et l’UPMC ont donc proposé la création d’un Institut universitaire d’ingénierie en santé (IUIS) dans le cadre du programme SATS-SU de Sorbonne Universités. Cet institut sans murs a pour mission de répondre aux nouveaux défis sanitaires en fédérant des programmes interdisciplinaires de recherche, d’innovation et de formation autour de plusieurs axes prioritaires, dont l’e-santé : un sujet essentiel pour l’avenir du secteur biomédical et de l’IUIS, car il se situe au cœur des nouvelles recherches et des nouveaux métiers à développer en ingénierie pour la santé. Or, si Sorbonne Universités réunit les expertises nécessaires pour s’y affirmer, nous n’étions jusqu’à présent pas très visibles dans ce domaine. C’est pour nous renforcer sur cette thématique émergente que nous avons créé la chaire e-Biomed.

Les recherches sur l’e-santé se multiplient. En quoi l’approche d’e-Biomed se différencie-t-elle ?

Les recherches sont souvent axées sur l’informatique et les réseaux, c’est-à-dire sur la transmission des signaux recueillis par les capteurs placés sur la personne ou dans son environnement, et les applications visent plus le bien-être que le suivi médical. Notre approche est plus intégrative et met l’usager (patient ou clinicien) au cœur du développement du produit. Elle associe les compétences en technologies pour la santé et en technologies de l’information et de la communication de l’UTC et de l’UPMC pour passer du gadget à de véritables outils biomédicaux connectés, qui permettront aux cliniciens de suivre des paramètres importants pour l’état de santé des patients sans que ceux-ci aient besoin d’être hospitalisés. Nous sommes partis sur cette notion d’outils biomédicaux, en incluant la problématique de l’usage dès la phase de conception, parce que c’est le cœur de métier de BMBI et d’autres laboratoires à l’UPMC. Le laboratoire BMBI développe notamment des applications d’analyse de signaux collectés par des capteurs physiologiques (par exemple, pour détecter le risque d’accouchement prématuré chez une femme enceinte), mais, jusqu’à présent, il n’avait pas travaillé sur la transmission des données recueillies, d’autant qu’il est orienté sur la biomécanique et le traitement du signal, et non sur l’électronique en tant que telle. En revanche, le laboratoire L2E de l’UPMC est compétent en matière d’électronique et de capteurs. Il était donc intéressant d’unir nos expertises en lançant des projets communs via e-Biomed.

Les projets e-Biomed intègrent-ils systématiquement des cliniciens ?

Oui, c’est fondamental, car seuls les cliniciens peuvent nous guider dans ce qui sera profitable à leurs patients. Tous les projets actuels (lire l’article sur les projets e-Biomed) sont donc a minima pilotés par un binôme comportant un clinicien et un chercheur en sciences de l’ingénieur. 

Pourquoi la chaire implique-t-elle aussi des chercheurs en sciences humaines et sociales ?

La première étape a été de rapprocher des équipes en sciences de l’ingénieur de l’UTC et de l’UPMC qui n’avaient pas l’habitude de travailler ensemble et de les faire collaborer avec des cliniciens pour lancer des projets d’outils biomédicaux connectés. Maintenant, il s’agit de travailler sur l’acceptabilité de ces technologies : quels sont les critères à respecter pour que le patient ne subisse pas comme une contrainte les capteurs dont il faudra l’équiper pour assurer son suivi médical à distance ? C’est une des conditions majeures pour que la télémédecine se développe. e-Biomed a donc besoin de compétences en sociologie et en philosophie des sciences médicales et biomédicales pour bien comprendre l’acceptation des technologies dans la société, mais aussi d’historiens des sciences et de la médecine pour analyser ce qui a facilité ou handicapé le déploiement de nouveaux outils et en tirer des enseignements, et d’experts en sciences de l’information et de la communication pour étudier comment toucher tous les publics. Là encore, grâce au laboratoire Costech de l’UTC, qui est centré sur les relations entre l’homme, la technique et la société, et aux chercheurs de Paris-Sorbonne, la communauté dispose de forces conséquentes qui constituent une vraie plus-value. Mais nous aurons aussi besoin d’expertises en droit et en économie de la santé.

Pourquoi des compétences en droit et en économie ?

Côté droit, il s’agit notamment de veiller à la protection des données médicales transmises par les outils connectés. Par ailleurs, il existe une réglementation sur les dispositifs médicaux, mais les outils de télémédecine feront appel à des composants ne relevant pas de cette catégorie : une caméra, des capteurs sonores… Quelles normes prévoir pour encadrer leur sécurité de fonctionnement ? Ensuite, il s’agit d’anticiper l’impact économique de nos futurs outils biomédicaux connectés. Quel sera le coût des capteurs à mettre en place au domicile du patient, celui de l’analyse des informations qu’ils transmettent par un médecin, comment seront-ils financés par l’Assurance maladie, etc. ? Pour que les innovations portées par la chaire aboutissent, il est indispensable de traiter toutes ces questions. Sorbonne Universités dispose là aussi de compétences, notamment au sein de l’Insead

Quels sont les objectifs d’e-Biomed en matière de formation ?

Préparer nos étudiants au développement de la télémédecine est évidemment une dimension essentielle. L’un des premiers chantiers du titulaire de la chaire e-Biomed, Dan Istrate, a été de mettre en place une unité d’enseignement sur les bases de la télémédecine à l’UTC pour les étudiants de notre master Technologie et territoires de santé et ceux de la formation continue. Nous souhaitons également proposer une UV en télémédecine, à cheval sur le génie biologique et le génie informatique, dans notre formation d’ingénieur. Par ailleurs, dans le cadre plus global de l’IUIS, nous travaillons à renforcer nos formations en ingénierie pour la santé – et notamment en télésanté –, avec pour objectif d’établir des passerelles entre les masters de l’UTC et de l’UPMC. Concernant l’e-santé, il s’agira à la fois de faire émerger une nouvelle discipline pour les étudiants souhaitant travailler dans ce secteur et de donner une coloration « télésanté » aux généralistes, qui pourront avoir besoin de connaissances dans ce domaine.

La chaire e-Biomed a reçu un financement pour deux ans : quelles sont ses perspectives après 2016 ?

Les chaires thématiques de Sorbonne Universités ont vocation à faire éclore des champs disciplinaires émergents. Dans le pire des cas, elles peuvent disparaître au bout de deux ans. Dans le meilleur, elles donneront naissance à de nouveaux pôles associant recherche et enseignement. Nous espérons bien que ce sera le cas pour e-Biomed !