Décryptage

e-Biomed vise à concevoir des outils de suivi médical à distance répondant aux grands enjeux du système de santé, notamment en favorisant le maintien à domicile des patients, et à développer des formations en télémédecine.

Une chaire dédiée au secteur émergent de l’e-santé

1. Le contexte

Bracelets et montres connectés pour mesurer la qualité de son sommeil, sa tension ou son activité physique (distances parcourues, calories dépensées, pouls, etc.), balances connectées pour surveiller son indice de masse corporelle… L’Internet des objets investit le champ de la santé.

Pour l’instant, ces outils sont avant tout dédiés à l’hygiène de vie et au bien-être. La plupart ne répondent d’ailleurs pas aux normes régissant les dispositifs médicaux. Mais le progrès des technologies d’information et de communication ouvre aussi de nouveaux horizons pour la télémédecine. De la téléexpertise délivrée par le spécialiste d’un CHU auprès d’un hôpital local au télédiagnostic à domicile, en passant par la télésurveillance médicale des personnes dépendantes sur leur lieu de vie, les applications potentielles sont multiples. Elles constituent une réponse clé face aux grands défis sociétaux que sont le vieillissement de la population, la hausse constante du nombre de personnes souffrant de maladies chroniques et de polypathologies, le poids croissant des dépenses de santé et la multiplication des déserts médicaux. Grâce à la télémédecine, il est en effet possible d’améliorer la prévention, la qualité des soins et leur accessibilité pour tous, mais aussi la qualité de vie des patients, tout en maîtrisant mieux le coût du système de santé, notamment grâce à la réduction des hospitalisations.

Sorbonne Universités, qui s’est dotée d’un Institut universitaire d’ingénierie pour la santé (IUIS), réunit la chaîne d’expertises nécessaire pour se développer dans ce domaine encore émergent. C’est pourquoi elle a consacré une chaire aux outils biomédicaux connectés : e-Biomed.

2. Les axes de recherche

Lancée en septembre 2014 pour une durée de deux ans, e-Biomed vise à développer des outils connectés novateurs, principalement dédiés à la prise en charge médicale des patients à domicile, en portant au moins un ou deux projets au stade du transfert technologique d’ici à fin 2016. Ses travaux ciblent trois thématiques :

  • La prévention des naissances prématurées, dont le nombre va croissant (environ 60 000 par an en France).
  • Le suivi médical à distance des maladies chroniques et des polypathologies qui y sont liées : en particulier le diabète (trois millions de personnes en France) et les conséquences des AVC (un toutes les quatre minutes).
  • La télésurveillance médicale des personnes âgées pour favoriser leur maintien à domicile ou améliorer et personnaliser leur prise en charge lorsqu’elles vivent en institution.

3. Les acteurs

Pour développer ces outils, Sorbonne Universités s’appuie sur sa multidisciplinarité. La chaire est portée par l’UMR Biomécanique et bio ingénierie (BMBI) de l’UTC : un laboratoire de génie biomédical, qui associe sciences du vivant et de l’ingénieur pour étudier la mécanique du corps humain, comprendre les pathologies et concevoir des dispositifs de diagnostic, de suppléance (foie et tissus osseux bio artificiels…) et des outils d’évaluation des traitements. La référente scientifique d’e-Biomed est la directrice adjointe de l’UMR : Cécile Legallais (lire son interview).

Outre BMBI, e-Biomed implique de nombreux partenaires au sein de la communauté :

Pour faire le lien entre ces acteurs et piloter e-Biomed, BMBI a recruté deux spécialistes d’e-santé :

  • le titulaire de la chaire, Dan Istrate, qui travaille depuis quinze ans dans ce domaine (lire l’article sur son projet dans le cadre d’e-Biomed) ;
  • et un post doctorant, Toufik Guettari, qui a consacré sa thèse à la conception d’un système de télésurveillance permettant de détecter si une personne âgée dépendante se trouve bien dans son lit et de suivre la qualité de son sommeil.

4. Formation, échanges scientifiques

La chaire encadre des stages de master et des thèses de doctorat. En partenariat avec le Groupement de coopération sanitaire e-Santé Picardie (l’organisme pilotant le déploiement de l’e-santé dans la région), elle a également créé une unité d’enseignement sur les bases de la télémédecine ouverte aux étudiants du master Technologie et territoires de santé et de la formation continue de l’UTC. 

En mai 2015, elle a organisé la cinquième édition des Journées d’étude sur la télésanté, Jetsan 2015, dédiée aux outils biomédicaux connectés, qui a réuni des chercheurs, des institutions de la santé et des industriels.