Japonisme architectural

Nos enquêtes archéologiques sur le patrimoine japonisant.

Dans l’esprit des Occidentaux, l’architecture japonisante bâtie en Europe à la fin du XIXe siècle était identique à celle du Japon. Devant ces édifices conçus pour les expositions universelles ou pour les jardins de riches particuliers, le public s’enchantait de voyages imaginaires qui le projetaient de l’autre côté du monde, aux confins de l’Extrême-Orient. Mais ces décors, monumentaux ou rustiques, dévoilés dans des paysages exotiques eux-aussi créés de toutes pièces, étaient des architectures métissées, fussent-elles importées du Japon, toujours adaptées aux plaisirs des Européens.

Nos enquêtes archéologiques sur ce patrimoine japonisant mettent à jour les processus – copie, réinterprétation, adaptation – qui ont permis de bâtir ces architectures exotiques. Ces enquêtes sont généralement conduites de manière préventive, lorsque les bâtiments ont une histoire lacunaire ou se trouvent dans un état de détérioration préoccupant. Elles participent ainsi à la protection de ce patrimoine, non seulement en retraçant l’histoire matérielle des édifices, mais également en enregistrant les bâtiments par le biais du numérique (scanner laser, photogrammétrie). Cette nouvelle forme de mémoire permet aussi d’améliorer les procédés de restauration et de conservation.

Les fabriques japonaises du jardin d’Albert Kahn

Notre enquête sur les fabriques japonaises du jardin d’Albert Kahn vise à restituer l’histoire des pavillons : fabrication dans la région du Kantô au Japon, nombre de charpentiers ayant œuvré à la construction puis au remontage en France, bois utilisés, première implantation à Boulogne en 1897, modifications ultérieures, etc.

La Salle des cigognes de l’ancien musée Guimet de Lyon

Notre enquête sur la Salle des cigognes permet de découvrir l’histoire de ce décor d’exposition binationale, depuis sa création au Japon en 1909 à Kyôto, en passant par son installation à Londres, pour la Japan-British Exhibition de 1910, puis à son transfert dans le musée Guimet de Lyon en 1912 où le périple s’est poursuivi jusqu’à nos jours. Nos recherches s’appuient sur deux autres enquêtes : l’une sur la porte dite chokushimon qui est aujourd’hui conservée à Londres et qui faisait partie du même décor, l’autre sur plusieurs édifices qui ont servi de modèles à ces décors, en particulier ceux du Nishi-Hongan-ji, grand temple bouddhique de Kyôto.

La porte monumentale chokushimon dans le Kew Garden à Londres

Notre enquête sur le chokushimon a pour objectif principal la restitution de l’un des décors japonais exposé lors de la Japan-British Exhibition de Londres en 1910. Cette porte monumentale faisait partie du même ensemble que la Salle des cigognes récupérée par Emile Guimet en 1912.

Midori no Sato

On sait peu de choses sur le tout premier pavillon japonais implanté en France (1886), celui du jardin de Hugues Krafft appelé Midori no Sato qui a disparu il y a déjà quelques décennies. Les fouilles entreprises sur le site nous ont permis de retrouver les fondations du pavillon et de tenter sa reconstitution. Cet exercice permet d’authentifier « l’origine japonaise » de l’architecture à partir d’une étude métrologique approfondie.

La Salle des fêtes de la rue de Babylone, dite le Cinéma La Pagode

Selon quels procédés Alexandre Marcel (1860-1928), l’architecte de la Salle des fêtes, avec tout un cortège d’artisans français, a-t-il mis en œuvre une « folie » japonisante ? Notre enquête sur cet édifice construit en 1896 permet d’identifier les principes et les modèles architecturaux et picturaux qui ont présidé à sa création. On découvre ici que les estampes des maîtres japonais, Hokusai ou encore Kunisada, occupent une place importante dans ces créations françaises.

Pavillon de thé du Musée national des arts asiatiques Guimet (MnaG)

L’enregistrement numérique (scanner) du pavillon de thé du musée Guimet permet des comparaisons entre un édifice traditionnel contemporain (bâti en 2000) et des architectures traditionnelles plus anciennes. Il s’agit ici d’évaluer le degré de transmission de ce que l’on appelle tradition, valeur restant trop souvent abstraite. En parallèle, cette campagne de relevés numériques permet au musée Guimet de présenter cette architecture fragile à un plus large public.