Recherche : quelles synergies avec la Nanyang Technological University?

Le partenariat stratégique noué entre Sorbonne Universités et l’une des principales universités de Singapour, la Nanyang Technological University (NTU), vise en particulier à développer des recherches communes. Questions à Paul Indelicato, vice-président recherche et innovation de l’Université Pierre et Marie Curie et président du comité des référents recherche de Sorbonne Universités, sur les collaborations possibles en sciences et technologies.

Quels sont les atouts de Singapour en sciences et en ingénierie ?

Les institutions scientifiques de Singapour, et particulièrement la NTU, sont souvent très orientées sur la recherche appliquée et l’innovation technologique. C’est un atout important pour Sorbonne Universités, car il s’agit d’une de nos priorités stratégiques. De plus, elles sont très performantes dans un certain nombre de domaines clés pour les technologies de demain. Entre autres exemples, elles travaillent beaucoup sur la chimie des matériaux bio-inspirée et biomimétique (inspirée de matériaux présents dans les êtres vivants) ou la chimie des bio-interfaces, thématiques qui intéressent tout autant l’UPMC que l’Université de Technologie de Compiègne. Singapour fait aussi partie des leaders mondiaux de la recherche sur le graphène, un tout nouveau matériau qui devrait révolutionner de nombreux secteurs, dont l’électronique où il ouvre la voie à des composants nettement plus puissants et denses. Nous avons donc tout à gagner à développer des collaborations scientifiques avec ce pays, mais l’inverse est également vrai. Singapour est consciente de la nécessité de se renforcer en recherche fondamentale pour assurer son développement à long terme, d’où l’intérêt pour ses universités de nouer des liens privilégiés avec Sorbonne Universités. 

Sur quelles thématiques scientifiques Sorbonne Universités et la NTU envisagent-elles des recherches conjointes ?

Les possibilités de collaborations sont très nombreuses, mais, dans un premier temps, nous avons choisi de nous focaliser avant tout sur la physique et la chimie, en particulier sur les matériaux innovants, et sur l’énergie. En février 2015, le CNRS, Sorbonne Universités et la NTU ont organisé à Singapour un séminaire sur les énergies renouvelables auquel plusieurs chercheurs de Sorbonne Universités ont participé. Il nous a permis d’établir de premiers liens avec nos collègues de la NTU sur des thématiques allant des énergies elles-mêmes aux smart grids (les réseaux intelligents de gestion de l’énergie). En retour, en septembre, Sorbonne Universités et la NTU ont organisé à Paris un atelier destiné à définir les sujets de coopération les plus pertinents dans trois domaines : l’énergie, mais aussi les matériaux innovants et les matériaux dits quantiques, parmi lesquels le graphène. L’une des unités mixtes internationales (UMI) du CNRS à Singapour, Majulab, qui a été créée en 2014, travaille déjà sur les problématiques quantiques, dans le cadre du centre d’excellence singapourien : le Centre for Quantum Technologies. La NTU en est partie prenante et l’UPMC a des liens avec cette UMI puisqu’elle était membre du laboratoire international associé qui en a été le précurseur. A terme, l’un de nos objectifs est donc de nous appuyer sur Majulab en élargissant son spectre d’activités aux collaborations que vont développer Sorbonne Universités et la NTU sur les matériaux innovants et quantiques. La discussion avec les partenaires actuels de Majulab – le CNRS, l’Université de Nice Sophia Antipolis et la NTU – est bien avancée et l’objectif est de signer un avenant sur ce sujet début 2016.

Quels pourraient être les principaux sujets de coopération par la suite ?

Depuis quelques années, la Nanyang Technological University s’est dotée d’une faculté de médecine très ouverte sur l’ingénierie en santé, qui constitue pour nous une thématique majeure. Sorbonne Universités a en effet créé un Institut universitaire d’ingénierie en santé (IUIS) et une chaire thématique spécialisée dans les outils de télémédecine, e-Biomed. De son côté, l’UPMC est le nœud français du programme européen Knowledge and Innovation Communities Health, qui vise à développer des technologies favorisant l’autonomie des patients. Et, à Singapour, elle est déjà partenaire d’une UMI travaillant sur l’imagerie médicale et les technologies permettant le maintien à domicile des patients : IPAL (Image & Pervasive Access Lab). La NTU n’en fait pas partie mais, à l’avenir, Sorbonne Universités devrait également engager des coopérations avec elle sur les technologies de la santé. De plus, dans tous ces domaines, il existe aussi des opportunités de collaboration avec les chercheurs en sciences sociales de Paris Sorbonne et de l’UTC sur les liens entre technologies et société et l’acceptation du changement technologique. Le prochain séminaire scientifique de Sorbonne Universités et de la NTU, qui aura lieu en juin 2016 à Singapour, s’inscrira d’ailleurs dans une logique pluridisciplinaire : il impliquera des chercheurs de Paris-Sorbonne, de l’UPMC et de l’UTC.