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Véronique Boudon-Millot, directrice de l’UMR Orient & Méditerranée, qui va diriger une doctorante travaillant sur une étude comparée des médecines antiques grecque et chinoise.

Regards croisés sur les médecines antiques grecque et chinoise

A Paris-Sorbonne, Véronique Boudon-Millot dirige l’unité mixte de recherche Orient & Méditerranée et l’une des composantes de cette UMR : l’équipe Médecine grecque. Le programme de bourses doctorales du China Scholarship Council lui a permis de recruter une doctorante chinoise pour explorer une thématique innovante : « L'âme et le corps dans les médecines grecque et chinoise antiques : approches comparées ».

Quel était votre objectif en proposant ce sujet à une doctorante chinoise ?

L’idée, c’est de créer des transversalités entre des domaines le plus souvent étudiés séparément : de croiser le regard d’une étudiante chinoise sur la médecine antique grecque et un regard occidental sur la médecine antique chinoise pour étudier si, sur certains aspects, il existait une approche commune du fait médical dans ces deux cultures. 

Quelles pourraient être les similitudes ?

Il semble que la façon de penser le corps humain dans le corpus médical de la Chine antique soit assez proche de celle du corpus hippocratique. Pour les Grecs, le corps était organisé sur le modèle de l’univers. C’était un microcosme conjuguant quatre éléments : eau, terre, feu, air. Dans la médecine chinoise, le corps humain était également vu comme un microcosme, composé de cinq éléments. Et dans les deux cas, il y avait une relation très étroite entre philosophie et médecine, ce qui était logique puisqu’il fallait d’abord comprendre le cosmos pour appréhender le microcosme qu’était le corps. De plus, en Chine comme en Grèce, il existait une pharmacopée très riche. 

S’agit-il, avec cette thèse, d’ouvrir un nouveau champ de recherche ?

C’est ce que je souhaite. Pour l’instant, l’un des rares chercheurs capables de jeter des ponts entre les médecines antiques grecque et chinoise est un Anglo-Saxon : Geoffrey Lloyd, de l’Université de Cambridge. En France, il y a des spécialistes de chaque domaine, mais pas des deux. C’est d’ailleurs pourquoi cette thèse se fera en cotutelle. Etant spécialiste de la médecine grecque, je vais la codiriger avec une spécialiste de la pensée chinoise : Florence Bretelle-Establet, du laboratoire Sphere*. 

Liqiong Yang, l’étudiante que vous avez recrutée, a-t-elle déjà travaillé sur la médecine antique ?

Non. Elle a fait de l’histoire antique et a déjà un peu étudié les historiens et les philosophes grecs. C’est ce qui l’a amenée à postuler pour cette thèse. Pour moi, c’était une surprise : alors qu’en France, on se demande s’il est utile de poursuivre l’enseignement du grec, en Chine, les étudiants apprennent l’histoire et la pensée grecques ! 

Connaît-elle la langue grecque ?

Non, mais elle a fait du latin et elle est prête à s’initier au grec. Elle va devoir étudier des textes grecs et, même si elle utilise surtout des traductions, elle veut pouvoir faire des allers-retours avec les versions originales. Elle a visiblement une grande puissance de travail. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai retenu sa candidature, car cette thèse va lui demander un gros investissement. Deux autres arguments ont beaucoup compté : elle suit des cours de français depuis deux ans et elle est capable d’écrire en français. Par ailleurs, elle a un vrai projet professionnel. Après son doctorat, elle veut intégrer une université chinoise pour poursuivre ses recherches sur l’Antiquité. Dans son entourage, plusieurs chercheurs travaillant dans ce domaine ont fait une partie de leur cursus en Occident et trouvé un poste en Chine. Ce qui confirme l’intérêt porté par ce pays à l’Antiquité occidentale.

 

* Sphere : Laboratoire Sciences, Philosophie, Histoire