Un BAC… pour faciliter la transition entre le lycée et l’université

Avec le soutien du Collège des licences de la Sorbonne, l’UTC et l’UPMC ont développé un nouveau dispositif pour mieux lutter contre l’échec en premier cycle universitaire : le BAC, ou Bilan accompagné de connaissances. Le principe : détecter au plus tôt les lacunes des bacheliers rejoignant leurs rangs pour leur proposer des modules de remédiation avant même le début des cours et aider les enseignants à adapter leurs pratiques pédagogiques.

D’un côté, le cycle d’ingénieur de l’UTC, conduisant à diverses spécialités, mais qui commence par un tronc commun de deux ans très sélectif : les étudiants admis en première année ont pour la plupart un bac S mention « très bien » et ne sont guère plus de 300.

De l’autre, la licence de sciences et technologies de l’UPMC, débutant par un cycle d’intégration d’un an, dont l’accès n’est pas sélectif (plus d’un millier d’étudiants par promotion) et qui propose un choix pluridisciplinaire d’enseignements, avant l’orientation vers un parcours mono disciplinaire (mathématiques ou physique ou chimie…) ou bi disciplinaire (majeure/mineure ou double majeure) en L2 et L3. 

Deux cursus très différents donc, mais un besoin commun : mieux accompagner la transition entre le lycée et l’université pour favoriser la réussite des étudiants. « L’UTC recrute certes de très bons étudiants, mais, souvent, la première année leur semble rude, car le niveau d’exigence scientifique est très élevé, note Manuel Majada, responsable de la Cellule d’appui pédagogique de l’établissement. En outre, suite aux réformes du bac S, nous observons aujourd’hui un certain décalage entre les prérequis attendus des bacheliers et la réalité. Pour les étudiants les meilleurs, cela signifie un peu plus de travail pour s’adapter. Mais pour les autres, l’effort peut être beaucoup plus conséquent. Et ce problème ne nous est pas propre : l’UPMC y est également confrontée. » 

Première expérimentation à l’occasion de la rentrée 2015

En 2014, partant de ce constat, Manuel Majada a proposé au professeur de mathématiques responsable du cycle d’intégration de l’UPMC, Sami Mustapha, de travailler avec la Cellule d’appui pédagogique de l’UTC à l’élaboration d’un dispositif permettant aux nouveaux étudiants de prendre au plus tôt conscience de leurs points faibles et les incitant à être proactifs dans leurs apprentissages : le Bilan accompagné de connaissances (BAC). Ce projet a reçu le soutien du Collège des licences de la Sorbonne. Les deux partenaires ont donc défini une méthodologie d’évaluation des bacheliers axée sur trois disciplines fondamentales à l’UTC comme à l’UPMC : les mathématiques, la physique et la chimie. En revanche, chacun a décliné les modalités de test et de mise à niveau des étudiants en fonction de ses propres programmes et de son public. Dans les deux établissements, le BAC a été expérimenté à la rentrée 2015. 

À l’UTC, évaluation obligatoire

L’UTC a choisi d’évaluer les prérequis de ses étudiants par compétence – certaines faisant appel à une seule des trois disciplines, d’autres mobilisant des connaissances multidisciplinaires. Les tests d’évaluation (sous forme de QCM) étaient accessibles via Internet et tous les bacheliers devaient obligatoirement les faire durant l’été. Leurs réponses étant traitées en temps réel, ils savaient à la fin de chaque test s’ils maîtrisaient ou non les compétences requises et, si tel n’était pas le cas, des modules de mise à niveau leur étaient proposés en ligne. Ensuite, à la rentrée, ils étaient de nouveau évalués sur les mêmes prérequis mais en présentiel, afin de vérifier s’ils avaient progressé. Et pour mieux les inciter à travailler pendant les vacances, un crédit ECTS leur était promis s’ils obtenaient au moins 75 % de bonnes réponses à cette deuxième évaluation. 

Bilan concluant : « Les 333 étudiants concernés ont bien fait les tests et consulté au moins quelques modules de remédiation durant l’été, constate Julie Tardy, ingénieure pédagogique à la Cellule d’appui pédagogique de l’UTC. Et la plupart ont apprécié ce dispositif qui leur a permis de mieux mesurer ce qu’on attendait d’eux. » A l’issue de la seconde évaluation, à la rentrée, un peu plus de 10% d’entre eux ont obtenu un ECTS et, là encore, les jeunes ayant des lacunes ont été orientés vers les modules d’e-learning. « Ce sont de très bons étudiants, qui n’ont pas besoin de cours de remédiation en présentiel, souligne Manuel Majada. De plus, nous avions transmis un état global des résultats de l’évaluation aux enseignants, qui pouvaient donc revenir sur les principaux points faibles en début d’année. » 

Exemple de question posée

Prochain objectif : un bilan de compétences plus fin

Le BAC a également été expérimenté sur une population un peu différente : trente étudiants angolais qui, avec le soutien de Campus France (l’Agence française pour la promotion de l’enseignement supérieur, l’accueil et la mobilité internationale), ont rejoint l’UTC en septembre 2015 pour une année préparatoire au tronc commun du cycle d’ingénieur. « L’objectif était de les aider à appréhender les prérequis nécessaires pour intégrer le tronc commun et à mieux s’y préparer, explique Julie Tardy. Tous étaient demandeurs. » 

Le dispositif va maintenant être reconduit pour la seconde rentrée de l’UTC : celle de février, qui accueille en première année de tronc commun une quarantaine d’étudiants venus de classes préparatoires ou d’autres filières de l’enseignement supérieur. Mais la Cellule d’appui pédagogique de l’établissement voit déjà au-delà et travaille à une évaluation plus fine des compétences des étudiants, grâce à un algorithme qui trierait les questions des QCM en fonction de leur niveau objectif de complexité : s’agit-il simplement de vérifier si le bachelier a mémorisé une connaissance, ou bien s’il l’a comprise, ou mieux s’il est capable de la mettre en application, etc. ? « Les tests classiques ne permettent pas d’identifier pourquoi un étudiant échoue, explique Manuel Majada. En catégorisant les questions par niveau de complexité, nous pourrions voir à partir de quel stade il bloque : par exemple, repérer qu’il connaît une formule par cœur mais ne sait pas la transposer dans deux situations différentes. Et donc l’aider plus efficacement à combler ses lacunes. »

À l’UPMC, une évaluation facultative

De son côté, l’UPMC a conçu un test spécifique pour chaque discipline (mathématiques, physique ou chimie). Là aussi les QCM ont été mis en ligne. Mais à la différence de l’UTC, l’établissement ne les a pas rendus obligatoires. « En juillet, lors de l’accueil des bacheliers inscrits en L1, nous leur avions demandé de s’évaluer durant l’été pour qu’ils puissent, si besoin, se mettre à niveau avant le début des cours, en suivant un tutorat intensif de trois séances de deux heures par discipline », explique Sami Mustapha. Mais, fin août, très peu d’entre eux l’avaient fait. Début septembre, lors de la semaine d’intégration, l’UPMC les a donc relancés. Finalement, 30% des bacheliers ont répondu aux QCM, soit environ 400 étudiants, dont 150 se sont inscrits en tutorat intensif : 90 en mathématiques, 40 en physique et 20 en chimie. 

« Paradoxalement, les étudiants qui ont suivi le tutorat intensif en mathématiques avaient un bon niveau, leurs connaissances étaient même plus pointues que les prérequis attendus, constate Sami Mustapha. En fait, les difficultés qu’ils avaient rencontrées lors des tests venaient surtout d’un manque de pratique en raison de l’interruption des vacances. Mais le tutorat a permis de les rassurer. » En revanche, les étudiants inscrits en tutorat intensif de physique et de chimie avaient de vraies difficultés. Dans ces disciplines, la cible visée a donc été atteinte et, lorsque c’était nécessaire, les étudiants ont ensuite été orientés vers le tutorat semestriel (deux heures hebdomadaires durant douze semaines) qui était déjà proposé auparavant en L1.

Enfin, de même qu’à l’UTC, les tests d’évaluation ont permis de fournir aux enseignants une photographie globale du niveau des étudiants, avec les principaux points faibles auxquels prendre garde en début d’année.

Généraliser le BAC et faire évoluer les pratiques pédagogiques

« Pour moi, comme pour tous les enseignants qui ont participé au tutorat intensif, cette expérience s’est révélée très intéressante, souligne Sami Mustapha. Non seulement bon nombre des étudiants qui ont suivi les cours de remédiation avaient moins de lacunes que les tests ne le laissaient entendre et que nous ne le pensions, mais, surtout, la plupart avaient beaucoup plus de facilités à se remettre à niveau qu’ils n’en ont généralement par la suite. Ils étaient encore en transition entre le lycée et l’université, et très motivés. Ce qui prouve l’intérêt d’agir au plus tôt pour lutter contre l’échec en premier cycle. Maintenant, l’enjeu est double : étendre le BAC à un nombre plus important d’étudiants pour mieux détecter les plus fragiles, mais aussi rebondir sur ce dispositif pour faire évoluer nos pratiques pédagogiques dans les unités d’enseignement et mieux tirer les étudiants vers le haut. »

Pour la rentrée 2016, l’UPMC envisage ainsi de rendre les tests obligatoires durant l’été, afin d’évaluer l’ensemble des nouveaux inscrits en L1 et d’encourager tous ceux qui en ont besoin à suivre un tutorat intensif avant le début des cours. De plus, le BAC pourrait être étendu à la biologie – une discipline également importante dans le cycle d’intégration de la licence de sciences et technologies et qui comme les mathématiques, la physique et la chimie figure parmi les spécialités proposées à partir de la deuxième année. L’objectif est également d’impliquer davantage d’enseignants dans le tutorat intensif, ce qui les aiderait ensuite à adapter leurs pratiques pédagogiques dans les UE. Par ailleurs, à l’avenir, la filière sélective de l’UPMC, l’école d’ingénieurs Polytech Paris-UPMC, pourrait, elle, tester le dispositif BAC tel que l’a décliné l’UTC.