Interview de Bruno David, Président du Muséum national d'Histoire naturelle

La nomination de Bruno David, 60 ans, à la tête du Muséum clôture la réforme des statuts de l’institution engagée il y a un peu plus de deux ans. Président du Conseil Scientifique du Muséum ces six dernières années, M. David prend la direction de l’établissement à un moment charnière de son histoire.

Trois questions à Bruno David, président du Muséum national d’Histoire naturelle

Vous venez de prendre la tête du Muséum national d’Histoire naturelle. Quelles sont vos ambitions pour cet établissement prestigieux ?

Je souhaite accompagner le Muséum pour qu’il entre pleinement dans le XXIe siècle. Je nourris pour cela un projet d’établissement que je qualifierais d’« intégratif », qui couvre toutes les missions, toutes les composantes qui font le Muséum, ses différents sites à travers la France, la variété de ses métiers et de ses disciplines scientifiques. Malgré cette diversité qui fait la complexité et la richesse de cette institution, il n’y a qu’un seul Muséum, doté d’un projet unique. 

La réalisation de ce projet nécessite donc de travailler sur les interfaces en interne, afin de construire des liens plus forts entre nos différentes missions. Maintenant que la gouvernance du Muséum ne repose plus sur une dyarchie mais sur une personne unique, le rapprochement indispensable entre recherche et diffusion va se faire plus naturellement : nos galeries doivent s’ouvrir à la recherche du XXIe siècle, elles doivent accueillir plus largement la science pour répondre aux attentes de nos concitoyens. De même, ce sera l’opportunité d’accroître les synergies entre les différents sites géographiques de l’établissement.

Quelles sont les lignes directrices de la politique scientifique que vous souhaitez mettre en place ? 

Cette ambition pour le Muséum s’appuie sur un socle intellectuel construit autour de la notion d’histoire naturelle et de son utilité : à quoi peut encore servir l’histoire naturelle au xXIe siècle en Europe ?

Si je formule ainsi cette question, c’est qu’à plusieurs reprises, par le passé, les sciences naturelles ont joué un rôle essentiel pour façonner le regard que les sociétés portaient sur elles-mêmes et sur leur rapport à la nature. Dès le siècle des Lumières, avec Rousseau, les encyclopédistes et bien sûr Buffon, on observe ce phénomène que l’on retrouve plus tard dans l’Allemagne romantique adepte de la Naturphilosophie ou en Angleterre sous l’influence de Darwin.

Aujourd’hui, nous sommes à l’aube d’une rupture environnementale majeure dont les signes annonciateurs se multiplient. Je crois qu’il est impératif de convoquer à nouveau cette notion pour s’interroger sur notre avenir, notre comportement, notre adéquation avec la planète. Le Muséum est en capacité de se positionner en leader dans cette démarche intellectuelle et je souhaite réunir un Comité scientifique, composé de philosophes, d’économistes, de naturalistes, de représentants de la société civile… auxquels je vais demander de produire un texte fondateur, appelé à rayonner bien au-delà du Muséum. 

Face à la montée des mysticismes et obscurantismes de tous ordres auxquels nous sommes confrontés, le Muséum doit se positionner et initier une démarche intellectuelle qui permette de séparer les échelles quotidiennes de temps et d’espace pour aborder véritablement la question des futurs possibles. 

Comment, dans ce cadre, voyez-vous le développement des liens et travaux scientifiques entre le Muséum et Sorbonne Universités, dont vous êtes membre fondateur ? 

Le Muséum est une structure ouverte sur l’extérieur, qui entretient de nombreuses relations bilatérales ou multilatérales, dont la ComUE Sorbonne Universités est un exemple privilégié. J’entends bien évidemment poursuivre et renforcer ces liens.

À mon sens, les apports du Muséum à Sorbonne Universités sont multiples et résultent de l’originalité de ses missions :

  • le « pontage » que le Muséum opère entre différentes disciplines, des sciences humaines et sociales aux disciplines naturalistes, lui permet de s'intéresser à la biodiversité dans toutes ses dimensions, mais aussi dans ses relations avec les sociétés humaines – une palette extrêmement riche qui inclut même la géodiversité. Toutes ces interdisciplinarités possibles, à l’échelle d’un établissement unique, constituent un apport particulièrement précieux pour la ComUE ; 
  • par ailleurs, le Muséum a la capacité de développer des enseignements originaux directement issus de ses missions : la conservation des collections, la diffusion des connaissances le mettent en position de proposer des enseignements de taxinomie ou de systématique, de travailler sur la préservation et la signification des objets, comme de réfléchir et d’enseigner l’histoire des sciences. Autre atout, les collections vivantes animales et végétales qu’il gère peuvent donner lieu à des formations permanentes à destination de publics a priori plus éloignés de nos disciplines tels les pharmaciens ou les vétérinaires. 

Je souhaite donc réaffirmer très fermement notre engagement et nos relations au sein de la ComUE. Le positionnement original du Muséum lui donne une place unique au sein de notre communauté que j’entends conforter et enrichir en lien avec tous les partenaires membres de Sorbonne Universités. 

Éléments biographiques

Spécialiste des faunes anciennes du Crétacé, Bruno DAVID est depuis le 1er septembre le nouveau président du Muséum national d’Histoire naturelle. Directeur de recherche au CNRS, il prend en 1995 la direction du laboratoire de paléontologie du CNRS à Dijon et transforme ce laboratoire qui devient « Biogéosciences », véritable interface entre sciences de la terre et sciences de la vie. Ses recherches portent sur la biodiversité abordée à partir des modèles fossiles et actuels et son parcours initial de paléontologue a progressivement évolué vers la biologie marine. 

Directeur-adjoint scientifique de l’Institut écologie et environnement (INEE) du CNRS (2011-2012), il a présidé le Conseil scientifique du Muséum pendant six ans.